«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Contre une loi

Si on bannit le voile, on met le doigt dans un engrenage, car il faudra aussi interdire les autres signes religieux : la kippa, le kirpan, la croix...

La Presse
mardi 12 mai 2009

Une loi pour interdire le voile au Québec ? Non merci.

Si on bannit le voile, on met le doigt dans un engrenage, car il faudra aussi interdire les autres signes religieux : la kippa, le kirpan, la croix...

Imaginez, un seul instant, les avocats du gouvernement en train de coucher sur papier les modalités de la loi. Qu’est-ce qui est permis ? Est-ce qu’une croix au bout d’une chaîne est un signe religieux ? Les petites croix seraient permises, mais les grosses interdites ? La dictature du ruban à mesurer.

Que ferait-on du crucifix qui orne l’Assemblée nationale ? Et la croix qui domiine le mont Royal ? Demandera-t-on aux juifs, aux musulmans et aux catholiques de laisser leur kippa, leur voile et leur croix au vestiaire avant de rentrer dans un hôpital ?

Absurde.

C’est la Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui a relancé le débat - Dieu sait pourquoi ! - en déclarant, samedi, qu’elle s’opposait à l’adoption d’une loi qui interdirait les signes religieux dans la fonction publique. Pourquoi une telle demande deux ans après la commission Bouchard-Taylor, alors que personne au gouvernement ne planche là-dessus ?

Parce que la FFQ devait réfléchir et qu’elle a accouché de sa proposition samedi, a répondu la présidente, Michèle Asselin. Toute une réflexion.

Hier, Mme Asselin était très occupée, elle a donné une dizaine d’entrevues. Le voile est un sujet délicat qui réveille le vieux fond xénophobe des Québécois.

Pas de loi, donc, demande Mme Asselin. Tout à fait d’accord.

Montréal n’est pas Paris, où les musulmans, mal intégrés, sont refoulés dans des banlieues pauvres prêtes à flamber à la première provocation. Et Montréal n’est pas Londres, où des groupuscules extrémistes s’infiltrent dans certains quartiers.

Montréal ne brûle pas, loin de là, et la plupart des demandes d’accommodements raisonnables se règlent sans heurt.

Pourquoi adopter une loi, alors que les musulmans ne sont qu’une petite minorité ? Voici quelques chiffres* qui dégonflent le mythe de la musulmane voilée qui envahit l’espace public.

Au Québec, 83,2% de la population est catholique, 4,7% protestante, 1,5% musulmane, 1,3% juive... Sur les 1,5%, combien portent le voile ?

Les musulmanes ne passent pas leur temps à revendiquer le droit de porter le voile. Bien au contraire. Seulement 2% des 5482 plaintes déposées devant la Commission des droits de la personne, entre 2000 et 2005, avaient un motif religieux. Et la majorité des plaintes religieuses provenaient des protestants.

Il ne faut pas dire oui à tout. La burqa et le niqab sont inacceptables. L’image de la femme voilée de la tête aux pieds choque et envoie un message intolérable de soumission. Mais le hijab qui ne couvre que les cheveux ? Pourquoi pas ? Il ne menace pas le caractère laïque de nos institutions. Ce qui compte, ce n’est pas la poignée de filles qui portent un foulard en classe, mais le fait que la religion ne soit pas dans les écoles.

Pas besoin de loi, seulement de gros bon sens.


* Chiffres tirés du livre de Yolande Geadah sur les accommodements raisonnables, publié en 2007.

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