«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Corruption à tous les étages

Collusion et financement illégal au menu du procès du Faubourg Contrecoeur

samedi 8 avril

Témoignant au procès du Faubourg Contrecoeur vendredi, l’ex-p.-d.g. de Genius, Michel Lalonde, a décrit comment son entreprise était parvenue à se faire une place dans le cercle des firmes collusionnaires à Montréal. La participation de la firme au système de ristourne de 3 % versée à Union Montréal l’a finalement amenée à décrocher une première série de mandats pour le vaste projet immobilier.

 

Comme il l’avait fait devant la commission Charbonneau, Michel Lalonde a expliqué les démarches entreprises par le Groupe Séguin (devenu Genius Conseil en 2010) pour se rapprocher de l’administration d’Union Montréal.

 

Le témoin a relaté qu’avant 2001, les contrats de génie-conseil étaient octroyés de gré à gré. La loi 106 a changé les règles du jeu, a-t-il dit. Désormais, les contrats devaient être accordés par appel d’offres selon des critères de qualité et de prix. À compter de 2003, Groupe Séguin a vu plusieurs contrats lui filer entre les doigts.

 

Michel Lalonde devait faire face à un autre problème. Groupe Séguin avait entretenu de bonnes relations avec plusieurs administrations. D’abord, celle de Jean Drapeau : «  Si on était sollicités pour du financement politique, on était là pour les encourager  », a-t-il dit. Puis, celles de Jean Doré et Pierre Bourque.

 

Pendant la campagne électorale de 2001, l’entreprise avait «  aidé  » Vision Montréal, que dirigeait Pierre Bourque. Mais c’est Gérald Tremblay et Union Montréal qui furent portés au pouvoir. «  On devenait fragiles. Il fallait que je relance notre positionnement  », a expliqué M. Lalonde, qualifiant cette période de «  purgatoire  ».

 

Des contributions substantielles

 

L’ingénieur a alors communiqué avec Sammy Forcillo, un ancien élu, qui l’a mis en contact avec Frank Zampino, président du comité exécutif de la Ville. Lors d’une rencontre entre M. Lalonde et M. Zampino, ce dernier lui a recommandé de continuer à soumissionner, disant qu’il y aurait plus tard de la place.

 

Michel Lalonde a indiqué avoir reçu, peu après, un appel de Bernard Trépanier, directeur du financement à Union Montréal, l’invitant à acheter quatre billets pour un cocktail de financement au coût de 2000 $. Il a accepté et fait signer des chèques par des résidents de Montréal. Il a participé au financement politique dans plusieurs arrondissements. À la demande de Bernard Trépanier, il a consenti une contribution de 10 000 $.

 

«  Mais je n’avais pas assez de résidents de Montréal. J’ai payé une partie par chèques et le reste, comptant  », a-t-il expliqué.

 

En prévision des élections de 2005, des contributions plus substantielles ont été demandées aux firmes de génie-conseil : 200 000 $ pour les grandes firmes, 100 000 $ et 50 000 $ pour les autres. Celle de Groupe Séguin était de 100 000 $, a-t-il indiqué. Il a même fait une contribution de 60 000 $ pour la campagne de Cosmo Maciocia.

 

Un système de partage des contrats entre les firmes de génie a alors été établi, Bernard Trépanier détenant une liste des projets en préparation à la Ville. Il est alors convenu que les firmes verseraient 3 % de la valeur des contrats obtenus.

 

Le Faubourg Contrecoeur

 

Au début de 2004, le projet immobilier du Faubourg Contrecoeur commençait à alimenter les conversations. Lors d’une conférence de presse, le maire Gérald Tremblay, qui avait promis en campagne électorale la construction de 5000 logements sociaux, a dévoilé les projets à venir. Le Faubourg Contrecoeur en faisait partie.

«  J’étais aux aguets  », a indiqué M. Lalonde, qui a alors appelé Bernard Trépanier pour s’informer des occasions susceptibles de se présenter.

 

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