«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Cinquante ans après De Gaulle, meurt le Québec libre

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir
samedi 26 août
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Ce texte magnifique m’a été envoyé par un ami de Sillery à Québec, je vous le partage. Il a été écrit par Jenny Langevin étudiante en histoire à l’UQAM. La relève des nouvelles générations semble bien être là.

"Le soleil s’est couché, la nuit pourtant n’est pas tombée.
C’est l’heure suspendue…
L’heure où l’homme se retrouve
enfin en harmonie avec le monde et la lumière…
La nuit n’a pas encore trouvé son étoile »
Jacques Guerlain

La nuit boréale n’a encore trouvé ni son étoile, ni son aurore, néanmoins le Québec fut illuminé brièvement en 1967 lors du passage d’une étoile filante particulièrement brillante, celle du général de Gaulle.
Depuis qu’elle a maculé le ciel québécois selon l’expression de Jacques Guerlain, le Québec vit à l’heure suspendue.
Notre soleil national s’est couché, mais la nuit pourtant n’est pas encore tombée…
De Gaulle contre l’impérialisme culturel

C’est avec une ombre de perfidie qu’un détracteur de notre cause nationale a titré un article d’un grand quotidien québécois « De quoi je me mêle, mon général ? » et c’est avec exaspération que je lui répondrai : « mon général se mêle de ce qui le regarde, c’est-à-dire de l’émancipation de la francophonie mondiale. »

Lors de son discours au château Frontenac le 23 juillet 1967, De Gaulle déclarait : « Il est de notre devoir d’agir ensemble de telle sorte que ce que nous faisons de part et d’autre de l’Atlantique soit, en somme, une œuvre française. »
De quoi se mêlait le général ? De rien de plus que de nous protéger de notre assimilation à l’hégémonique bouillie anglo-saxonne.

L’incroyable perspicacité gaullienne

Triste peuple que celui qui, aujourd’hui, peine à prendre acte de ce simple fait.
Bien plus triste encore est le sire qui, du haut de son estrade médiatique, écrit dans cette langue si chère au général que l’élan qu’il souhaitait nous donner n’était rien d’autre qu’un regrettable cas d’ingérence dans les affaires intérieures de la fédération.

Faut-il manquer de hauteur pour ainsi ne rien voir de l’incroyable perspicacité de l’homme d’État, qui avait senti venir une décennie d’avance le goût, partagé par la vaste majorité des québécois de souche française faut-il le rappeler, de s’affranchir politiquement de la création britannique qu’est le Canada ?

Quelle poutre doit-on avoir dans l’œil pour ne pas voir qu’aujourd’hui cette même fédération nous met lentement mais sûrement en danger de dépossession culturelle ?

Toute négociation avec Ottawa s’avère stérile

Le message amené de France par le général sur le pont du Colbert en était un d’amitié, mais aussi de complicité politique. Quel mal y avait-il à cela, d’autant plus que Daniel Johnson, Premier ministre du Québec d’alors, avait voulu cette visite et avait souhaité, dans la foulée de son livre Égalité ou indépendance, que De Gaulle enflamme le peuple et lui donne le levier politique nécessaire pour négocier comme il se doit les conditions d’un nouveau pacte fédéral avec Ottawa qui soit plus avantageux pour le Québec ?

Johnson et De Gaulle avaient compris, à l’instar des politiciens et des citoyens d’aujourd’hui, que sans cette perspective de la sécession du Québec, toute négociation avec Ottawa s’avère d’avance stérile.

La mission du général au Québec faisait donc deux gagnants.
Le premier, De Gaulle, qui pouvait réaffirmer haut et fort, et dans un contexte extraordinairement effervescent, sa vision de la souveraineté et de l’importance pour les peuples de disposer d’eux-mêmes. Le second, Johnson, qui, par la bande, allait voir se lever une vague politique qui, éventuellement espérait-il, allait lui permettre de négocier une amélioration substantielle de l’autonomie du Québec au sein du Canada.

Cela s’appelle non pas de l’ingérence, mais de la très fine diplomatie. «  Quand je lis Le Monde, je rigole ! », disait de Gaulle. Aujourd’hui, il va sans dire que c’est à la lecture de l’éminent analyste politique du Journal de Québec Jonathan Trudeau qu’il aurait rigolé.

À l’époque de son passage, le Québec avait soif de De Gaulle et était plus prêt que jamais à le recevoir, et maintenant je suis certaine que de là-haut, avec sa stature de chef, il nous enverrait un aide de camp qui nous ordonnerait à nous, Québécois, de venir à sa rencontre : « Québec, le chef vous demande ! »

Pour ce cinquantième anniversaire des retrouvailles de la France et du Québec après plus de deux cents ans d’abandon, oublions les homélies, et rappelons-nous la stature de l’homme en place !
Rappelons-nous la grandeur de celui qui hissait les événements et les Hommes au-dessus de lui.

L’heure est bleue, la nuit n’est pas encore tombée. Ne la laissons pas survenir, et gardons vivant l’espoir que se lève notre étoile."

Commentaires

  • Marcel Haché, 27 août 15h43

    « Si le général débarquait chez nous en 2017, le scénario serait-il différent ? Absolument ». Jonathan Trudeau, 24-07-2017

    Et si plutôt que voir « débarquer » chez Nous le grand général, selon l’hypothèse fournie par Jonathan Trudeau, si c’était l’inverse que l’on pouvait faire, c’est-à-dire remonter le temps et chacun d’entre nous « débarquer » en France, dans une autre époque : dans quel « scénario » tout à fait singulier mais tout à fait probable pourrait se retrouver ce même Jonathan Trudeau ?

    Eh bien, cette sorte de « plume » ayant toujours existée, cette sorte de « québécois » aussi, qui sévissent encore « au Québec » en 2017, une pareille sorte de français a déjà sévit aussi en France à une autre époque. Il n’en manquait pas alors, en France, du côté de Vichy, de ces innombrables Jonathan Trudeau, pour détester Charles De Gaulle ainsi que la France elle-même.

    Ce genre de plume professait que l’avenir de la France passait par Philippe Pétain, qui lui-même pensait que cet avenir passait par l’Allemagne, comme ici même le même genre de plume professe que l’avenir des québécois et des québécoises passe par Philippe Couillard, qui lui-même pense que notre avenir passe par le Canada. En réalité, il n’y a toujours eu qu’une seule francophonie, comme un seul cœur qui bat en France et au Québec. C’est hélas ce que JFL n’avait pas compris… ou n’avait pas voulu comprendre, ce qui est bien pire… lors de la récente visite de Marine Le Pen au Québec.

    Il faut le dire et le redire : il n’y a pas plus d’avenir pour Nous avec Philippe Couillard qu’il n’y en eut déjà en France avec Philippe Pétain. Et ce n’est pas parce qu’ils triomphent encore au Québec que les collaborateurs ont une quelconque légitimité. Il arrive simplement que les esprits faibles se croient dans le sens de l’histoire, parce que, tout simplement, ils ne voient pas… ou ne veulent pas voir, ce qui est bien pire… qu’ils sont à contre-courant de l’Histoire.

  • François A. Lachapelle, 27 août 11h08

    Merci Madame Morot-Sir de partager avec les lecteurs de VIGILE ce texte de Jenny Langevin. L’espoir en la jeune génération, notre relève, doit toujours être vivifié.

    Ce texte m’a incité à relire le texte " Égalité ou indépendance " de Daniel Johnson édité en 1965. Il est important de rappeler cette date de 1965 qui correspond à une période du Québec particulièrement effervescente. Le Québec alors était respecté et envié.

    Pendant ce temps à Ottawa, s’animait un dénommé Pierre Elliott-Trudeau, alors ministre de la justice.

    Le texte de Daniel Johnson devenu le Premier ministre du Québec le 5 juin 1966 jusqu’à sa mort le 26 septembre 1968 est un chef-d’oeuvre de patriotisme dont la valeur actuelle est immense. À nous de faire circuler la pensée de Daniel Johnson père en lieu et place du déshonneur incarné par ses deux fils, Daniel et Pierre-Marc.

    Je pense ici particulièrement au débat public qui entoure le mystère des causes de la mort "prématurée" de Daniel père à Manic 5 le 26 septembre 1968. Au lieu d’éclairer la lanterne des Québécois sur le rapport d’autopsie du décès de Daniel père, les fils gardent un silence suspect. Leur attitude est impardonnable.

    Parmi plusieurs citations possibles, je retiens celle-ci extraite de Égalité ou indépendance ( Les Éditions de l’homme, 1965 ) :

    « Car pour s’épanouir dans le sens de son génie propre, cette communauté culturelle a besoin des cadres , des institutions, des leviers de commande que seul peut lui procurer un État dont elle ait la maîtrise. » (page 23)

    Pourquoi les anglo-canadiens bien intentionnés tel Graham FRASER ne comprennent pas cette évidence ? Et après, ces canadiens au coeur sensible seront surpris qu’on les accuse de mauvaise foi. Cent fois plutôt qu’une.

    Sans changer de sujet, j’ajoute : Jean-François Lisée réveillez-vous ! Vous n’êtes pas la personne de la situation.

  • Robert Duchesne, 26 août 23h38

    Merci, Marie-Hélène MOROT-SIR,pour ce texte réconfortant, alors que la chronique de Jonathan Trudeau est un ramassis nauséabond de clichés de vendu dignes du Liberal Government of Quebec, ce cheval de Troie au sein de notre société. Merci de nous rappeler que nous existions il n’y a pas si longtemps encore et que nous pourrions à nouveau nous réveiller.

    Je trouve fort pertinente votre analyse du passage de de Gaulle au Québec, mais j’ai des réserves sur l’extrait suivant : "...De Gaulle, qui pouvait réaffirmer haut et fort...sa vision de la souveraineté et de l’importance pour les peuples de disposer d’eux-mêmes.", considérant toute l’ambiguïté de ses prises de position au sujet de l’Algérie. Mais le contexte n’était pas le même, bien sûr.

    Ce qu’il est pénible pour le peuple québécois de s’assumer ! Ce qu’il est triste et répugnant de voir ces gouvernementeux exprimer sans vergogne leur mépris de notre peuple et entretenir la québécophobie ambiante ! Moi qui suis maintenant un vieillard en devenir, je mets mon espoir en certains jeunes que je connais et qui ravivent ma soif du pays.

    "L’heure est bleue, la nuit n’est pas encore tombée. Ne la laissons pas survenir, et gardons vivant l’espoir que se lève notre étoile."

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