«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Chaîne alimentaire ou chaîne de l’asservissement volontaire

La Québécoise METRO et la Langue française - Version originale (intégrale)

Tribune libre de Vigile
mercredi 29 juillet 2009
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Note préliminaire : Version originale (intégrale) de l’article publié dans Le Devoir du 28 Juillet 2009, et immédiatement relayé par Vigile.

METRO étant depuis maintenant plusieurs années l’unique supermarché à propriété québécoise, j’incline à lui donner priorité pour ce qui regarde mes emplettes de type alimentaire.

Hélas je dois cependant, à certains égards, opposer de solides réserves à l’endroit de cette entreprise.
Lesquelles expliquent que j’aie dans les dernières années (certainement plus de cinq ans) très massivement abandonné Métro. Deux motifs fondamentaux, qui en dernière analyse se rejoignent comme en entonnoir, sont ici en cause.

I. AMBIANCE MUSICALE INSUPPORTABLE. Votre propension à agresser votre clientèle avec de la chanson anglo-commercialo-américaine constitue une aberration qui va à l’encontre, selon moi, de toute l’« intelligence commerciale » qu’on pourrait légitimement attendre d’une entreprise de votre calibre et de votre dimension (et j’ajouterais pour le coup : de votre nationalité). Nous avons dans notre langue, au Québec, un trésor quant à la qualité de la chanson française (d’ici ou d’ailleurs). Or vous « traitez » votre client comme s’il s’agissait d’un individu : a) étatsunien (ou canadian...) ; b) de... treize ans d’âge (mental ou réel...). Entrer chez Métro avec une réception pareille, c’est inviter le client à tourner les talons à l’instant même. C’est d’un mauvais goût que je qualifierais de surréaliste.

II. De manière générale, LE PEU DE RESPECT POUR LA LANGUE FRANÇAISE. Laquelle est chez vous largement banalisée (voire balisée !) lorsque non carrément inféodée à la langue anglaise.

• À commencer par votre CAHIER PUBLICITAIRE HEBDOMADAIRE BILINGUE. Or au Québec, où la langue officielle (et massivement véhiculaire) est le français, les anglophones représentent moins de 8% de la population. Les francophones constituent 82% de la société, alors que les autres 10% sont allophones ; et à ce titre ceux-ci sont tenus, en vertu de la Charte de la Langue française, d’opter pour le français (à l’école, etc.). Or Métro se comporte comme si le Québec était moitié anglais / moitié français. C’est là un choix social (et politique, car c’est là effectivement un choix politique de Métro) absolument indéfendable. A fortiori pour une entreprise québécoise. Le phénomène est d’autant plus méprisant que dans ce « beau grand pays bilingue » nommé Canada (hors Québec) les mêmes cahiers publicitaires (tous supermarchés confondus par ailleurs) restent opiniâtrement unilingues anglais. Résumons-nous : circulaires unilingues anglaises partout au Bilingual Country de Michael Ignatieff (hormis, parfois, l’Acadie) / circulaires partout bilingues au sein de l’État très officiellement unilingue français du Québec. Cherchez l’erreur...

• Votre comportement (que je qualifie sans ambages de « colonisé ») se répercute sur moult « détails ». Qui n’en sont pas. Par exemple, et outre votre CHOIX MUSICAL dont je vous ai entretenu à l’instant (en complément à la belle chanson française, et je ne fais pas ici référence à C« e »line Dion, et moins encore au Pascale Picard « Band », vous pourriez aussi intégrer de la musique instrumentale [style André Gagnon, Claude Léveillée et autres Dompierre, Vogel, Mercure ou Cousineau, par exemple], voire semi-classique : je ne vous demande pas pour autant de nous offrir l’interprétation des sonates pour piano de Mozart, ou de Schubert, par Mitsuko Uchida, vous savez...), VOS MARQUES MAISON ACCORDENT UNE ABSOLUE PRIORITÉ A L’ANGLAIS. C’est un comble pour une firme québécoise ! Selection, Irresistibles, Merit / Merite... (on notera aussi au passage, et comme pour ajouter l’insulte à l’injure, l’absence des signes diacritiques, propres à la langue française). Priorité, dis-je, quant à la disposition visuelle (l’anglais en partie supérieure et/ou à la gauche), et même, souvent, quant à la DESCRIPTION DU PRODUIT (les ingrédients, mode d’emploi, etc.), alors que le français se voit ordinairement (quoique pas toujours il est vrai) renvoyé au second plan.

• Et c’est sans compter les membres du personnel qui, très fréquemment, présentent sur les rayons le coté anglais des produits plutôt que le côté français (comme si c’était là un geste anodin ou parfaitement indifférent, ou insignifiant). Même votre raison sociale (!) – Bonjour Quebecor ! – « nie » votre propre québécité, alors que vous prenez bien garde (est-ce donc honteux d’être Québécois... ?) d’insérer l’accent sur le E de METRO. Or dit-on « Meeeutro » ou bien « Métro » ? Poser la question...

En bref, si sur ces plans linguistiques vos compétiteurs ne se comportent guère mieux que vous (Provigo est particulièrement arrogante avec la bilinguisation (quasi) systématique de l’ensemble de ses espaces, y compris dans l’affichage), j’ai longtemps tenté, en dépit de tout, de rester fidèle à Métro. Mais j’ai fini par en avoir assez de vos manières. Qui n’auront jamais évolué au fil des ans. Bien au contraire. Ce qui explique ma propension, depuis de nombreuses années, et quitte à payer un peu plus cher à l’occasion (mais pas forcément tout le temps...), d’encourager de petits commerçants (boucheries, épiceries fines, etc.) qui ont tout à la fois l’intelligence, l’amour-propre et l’élégance de nous servir tout naturellement en français. Incluant (permettez l’anglicisme) ce qui regarde l’ambiance musicale, le cas échéant. Et y compris, eh oui, par le simple (mais si rare) silence ! Dont on oublie trop aisément les délicieuses, voire les apaisantes propriétés dans la cacophonie incessante de la vie urbaine.

Car enfin, si je puis à la rigueur comprendre (au moins théoriquement) une compagnie canadienne ou étatsunienne qui tente, fallacieusement, de nous entrer la langue anglaise dans la gorge, ici au Québec (auquel cas je me dis qu’il n’en tient qu’à nous, citoyens et consommateurs tout en un [et faute d’un Gouvernement digne de ce nom], d’adopter les comportements adéquats dans les circonstances, à savoir : ne plus y remettre les pieds et de facto aller se faire voir ailleurs), je « débarque » totalement quand il s’agit d’entreprises québécoises qui (des pharmacies Jean Coutu et/ou Brunet aux cafés Van Houtte) agissent de la sorte. LÀ, ÇA NE PASSE PLUS DU TOUT. À ce titre, ma colère citoyenne se révèle nettement plus vive à l’égard de Métro, en regard à celle que j’éprouve à l’égard de la plupart de ses concurrentes – Provigo en particulier, que j’ai depuis fort longtemps éliminée radicalement de mes aires de consommation (en comparaison à IGA, par exemple, qui, admettons-le, fait un effort louable sur ces questions).

Cela dit, je puis fort bien concevoir que vous cherchiez également à « séduire » le consommateur « canadian ». En revanche, je considère que vous commettez une erreur monumentale en estimant que vous vous enrichirez plus encore en niant votre propre personnalité. On ne gagne jamais dans la vie, de manière générale (l’Histoire des hommes et des nations nous le confirme en permanence au fil des siècles et des civilisations), en adoptant des comportements serviles (ou de mépris de soi). On peut gagner, peut-être, ou parfois, à court terme ; mais jamais à longue échéance. Aussi, en persistant dans ce que j’appelle vos ERRANCES LINGUISTIQUES FONDAMENTALES, Métro, vous finirez par perdre sur tous les plans : les Québécois finiront par en avoir ras-le-bol, d’une part, et les Canadians auront, d’autre part, et de toute façon, toujours tendance (selon moi, et je parle par expérience) à demeurer méfiants et circonspects, voire xénophobes (les Eric Amber du Théâtre Sainte-Catherine et autres Conseils de ville manière Hampstead City nous le rappellent pour ainsi dire chaque jour depuis... 1759), à l’égard de toute firme spécifiquement québécoise. Quand bien même celle-ci, n’est-ce pas, serait disposée à « vendre son âme » (ou sa dignité) pour quelques dollars de plus...
Là-dessus, en conséquence, une suggestion (amicale) : faites comme vous voulez en territoire canadian. Mais en territoire québécois, votre bilinguisme (quand ce n’est pas votre suprémacisme anglaisant) est absolument irrecevable.

Soyez dignes et « courageux », gens de Métro. Et l’avenir, j’en suis convaincu, attestera sans détour que vous aurez eu raison d’agir comme un CITOYEN CORPORATIF VÉRITABLEMENT ÉCLAIRÉ. J’ajouterais même que vous ferez école... dans le Québec de demain. C’est-à-dire : d’ores et déjà. On appelle cela un « effet d’entraînement ».

En clair, et pour ainsi dire a contrario, mettre en vis-à-vis (i.e. à égalité) 8% et 82% (voire 92%) d’une population est tout ce que l’on veut. Sauf une décision commerciale sage et intelligente...

Et je ne parle même pas de l’extrême fragilité de fait de la langue française. Qui, si elle est encore majoritaire en territoire québécois (quoique... des régions entières, du Pontiac et de l’Outaouais à Montréal, ressemblassent de plus en plus à des contrées étrangères...), reste lourdement minoritaire en Canada, dans les Amériques et... sur la Planète.

Bref, le citoyen-consommateur que je suis demande à Métro une chose, une seule : de cesser sans plus tarder de jouer les chevaux de Troie dans notre propre maison nationale.

Qui plus est dans la foulée, et ce n’est pas rien, émulation oblige, tous les Provigo, les Payless Shoes, les Lush et les Second Cup du pays de Gilles Vigneault seront tenus d’en faire autant. Et la Dignité triomphera.

Enfin.

Bien cordialement à vous,

Jean-Luc Gouin,
Capitale nationale, ce 29 (23) juillet 2009

Commentaires

  • Frédéric Sébastien, 19 juillet 2016 17h17

    METRO : ENGLISH AND KANADA FIRST

    Je ne saurais trop inviter les vigiliens à poursuivre la lecture de ce « dossier » par le biais d’une suite publiée... sept ans plus tard !

    Lequel dossier démontre pour ainsi dire par a+b combien le groupe « québécois » METRO (Metro, mais aussi : Super C, Richelieu, Adonis, Pharmacie Brunet, A&P, comme le rappelle avec pertinence M. Déry) nie en permanence, et la langue française et le Québec de façon générale.

    Et ce, en dépit de rigoureuses lettres de saine dénonciation jusque dans les pages du Devoir !

    Ah ! Il est beau notre Québec Inc. au service du Kanada et de his tongue.

    Québécoises, Québécois, n’est-il pas temps de se lever enfin debout comme un seul... Peuple contre la trahison continue des nôtres (!) contre nous-mêmes...?

  • MichelG, 12 août 2009 08h44

    Ce sera de plus en plus difficile d’obtenir des services en français à Montréal et en banlieux sans avoir à quêter car les colonisés fédéralisés et même certains indépendantistes parlent et travaillent en anglais au Québec .

    Aussi longtemps qu’un Québecois qui parlent anglais au Québec ne passera pas pour un traître il y aura toujours un de ces colonisés pour nous empècher de vivre en français donc pour répondre en anglais à ceux qui anglicisent systématiquement le Québec et qui nous méprisent en anglais chaque jour dans tous les commerces et médias

    Les Québecois n’ont jamais appris à répondre en français avec fierté au lieu de traduire en anglais en baissant la tête et en coinçant leurs queues entre les jambes

    Après avoir détruits notre religion puis nos enfants voilà qu’ils détruisent notre langue . et croyez moi c’est le dernier combat que nous sommes en train de perdre . Déjà 40% d’assimilés mentaux et d’anglicisés devenus angliciseurs, C’est déjà 4 fois trop .

    Seule une campagne médiatique invitant les Québecois à imposer notre langue nationale à tous et dans tous les emplois pourrait changer cela et 95% sinon 100% des médias sont angliciseurs

  • francis déry, 30 juillet 2009 01h59

    Je travaille pour Métro-Richelieu.
    M’enfin, il faut écrire Metro.

    Je suis dans la distribution, c’est l’étape de l’entrepôt aux magasins affiliés (Metro de toutes saveurs, Super C, Richelieu).
    Un problème de Metro est sa canadianisation.
    Métro s’est étendu en Ontario. Des fins finauds du marketing ont cru que les lettres accentués ne passaient pas en dehors du Québec.
    Aussi, Metro a acquis la chaîne A&P. Des bannières comme Dominion et Loeb se sont ajoutés. Des marques maisons, nous avons ajouté Master Choice.
    Irresistible est sans doute une nouvelle marque qui passerait dans les deux cultures. La marque Sélection Mérite tend à se faire remplacer par Selection. Je le regrette.

    Je vous encourage à envoyer copie de votre lettre à Metro à :
    http://www.metro.ca/util/contact.fr.html#faqs

    Il y a une limite de 1000 caractères.
    Envoyer la copie par parties, s’il le faut.

    Le pire est que Metro est unilingue anglais en Ontario alors que la province est officiellement bilingue.

  • Jean-François-le-Québécois, 30 juillet 2009 01h25

    Là, je viens de vivre une expérience, à peu près comme celle de recevoir un coup de poing !

    J’étais au courant de l’attitude de « METRO » (sic) en rapport avec notre langue française... Mais j’ignorais que la dite chaîne de supermarchés était la seule, chez nous, à être encore la propriété de Québécois. C’est grave !

    Oui, car en fin de compte, ça semble être METRO, la seule entreprise dans son domaine qui soit toujours sous véritable contrôle québécois, qui respecte le moins la langue française et le contexte québécois !

    N’y aurait-il pas de quoi rire ? Haaa ha ha ha !

  • Marie Mance Vallée, 29 juillet 2009 18h47

    En effet, la musique, les annonces. Et les produits en tablettes sont du côté anglais. Même chez notre ami Jean Coutu... Il faut tourner le produit pour lire les explications en français. On nous complique la vie continuellement, tout au moins à Montréal.

    Marie Mance V

  • Denis Julien de Lotbinière, 29 juillet 2009 15h55

    Je vais vous dire pourquoi le côté anglais se retrouve bien en évidence sur les tablettes.

    Prenez la peine d’observez l’âge des jeunes qui travaillent à l’étiquettage et au classement de la marchandise sur les tablettes. La majorité de ces jeunes utilisent des logiciels en anglais ou regardent des jeux vidéo en anglais.Ils ont malheureusement développé un mauvais pli.

    Plusieurs d’entre eux n’écoutent que des films américains.Un grand nombre d’entre eux n’écoutent ni la radio et ne regardent ni la télévision en français. On ne parlera pas de la lecture qui est souvent aux antipodes de leurs préoccupations.

    Plusieurs sont incapables de faire une phrase complète avec un verbe, un sujet et un complément et lorsqu’on s’adresse à eux ils répondent souvent par des grognements. C’est désolant !

    Et dire qu’on a un système d’éducation public qui nous coûte la peau des fesses !

  • Denis Julien de Lotbinière, 29 juillet 2009 15h35

    Effectivement, je dénonce cette situation depuis une semaine dans VIGILE
    J’en ai marre de METRO sans accent !

    Marché METRO sans accent de Saint-Nicolas dans Chaudière-Appalaches sur la rive-sud de Québec.

    1)Trame musicale en anglais.

    2)Circulaires bilingues où l’anglais figure en premier.

    3)Étiquettage bilingue où l’anglais est dominant avec des marques de commerce insidieuses qui sentent le colonisé à plein nez.

    4)Une offre intempestive de journaux anglophones qui frise le harcellement.

    Là, ça commence à faire !

    J’entend déjà certains nous dire : ’’ Ben c’est québécois, faut pas trop faire de bruit avec ça n’est-ce pas ?’’
    ’’Ben non n’est-ce pas ?’’ ’’Faut pas parler trop fort !’’ ’’Faut pas utiliser de gros mots !’’

    Yas-tu quelqu’un qui peut me dire qu’il commence à avoir son maudit voyage au Québec ?

    On assiste à une dérive totale et c’est partout où on met les pieds. Le français recule partout !

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