«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Ce pays est-il le vôtre ?

mercredi 12 octobre 2011

Quelques jours avant les élections fédérales du 2 mai dernier, le cégep de Joliette présente un débat entre les candidats de la circonscription du même nom. Le bloquiste Pierre Paquette est alors le seul qui maîtrise vraiment ses dossiers et qui s’exprime avec aplomb. Ses adversaires, de toute évidence, ne sont pas de taille.

Annie Durette, du Parti vert, est sympathique, mais la politique n’est pas son univers. Francine Raynault, du NPD, tient un discours de bonne grand-mère, mais patine maladroitement en répondant à des questions qu’elle ne semble pas comprendre. Incompétent, le candidat libéral a joué de prudence et est resté chez lui.

Soudain, sans avertissement, le candidat conservateur Michel Morand, qui dit n’importe quoi depuis le début du débat, lance que son parti veut investir des milliards dans l’achat d’avions militaires pour nous protéger en cas d’attaques des talibans contre le Québec et le Canada. Assis à l’arrière de la salle pour pouvoir commenter le débat à mesure avec mes amis, je ne peux m’empêcher d’éclater de rire. Non mais, a-t-il vraiment dit ça ? Pense-t-il réellement que les talibans vont venir nous bombarder ? Je sais bien que la menace terroriste existe au Canada et au Québec, mais je sais aussi qu’elle doit être combattue avec de la surveillance policière, pas avec des bombardiers !

Le délire du candidat Morand, déjà oublié, peut faire sourire, mais il reste néanmoins révélateur de la mentalité du Parti conservateur, qui gouverne désormais majoritairement le Canada. Inspiré par une mentalité républicaine à la George W. Bush, l’actuel gouvernement du pays coupe les subventions aux artistes et aux féministes pour investir dans l’armée, s’oppose à l’avortement sur la scène internationale, multiplie les mesures répressives et inefficaces en matière de justice alors que la criminalité est en baisse au pays et se drape dans un unifolié enduit de pétrole sale, en placardant partout la face de la reine. Les Québécois ont voté contre lui à 83 %, mais ils sont quand même soumis à ces mesures de droite radicale qu’ils rejettent.

Il faudrait être naïf pour croire que la situation s’améliorera. Dans Le Facteur Armageddon (Stanké, 2011), une enquête très fouillée, la journaliste torontoise Marci McDonald révèle la forte influence qu’exerce la droite chrétienne intégriste, principalement d’obédience évangélique, sur le gouvernement conservateur. En 2008, d’ailleurs, Stephen Harper, qui conclut maintenant ses discours par un « God bless Canada », déclarait se soucier plus du « verdict divin » que du jugement des historiens.

Cette droite chrétienne, dont se réclameraient 40 % des députés conservateurs, est enragée. Férocement opposée à l’avortement et à l’homosexualité, elle rejette la théorie évolutionniste pour mieux adhérer au créationnisme, se fout carrément du réchauffement climatique parce qu’elle attend la fin du monde avec fébrilité et s’aligne sans aucun esprit critique sur l’attitude belliqueuse de l’État israélien parce qu’elle croit que le Christ reviendra sur terre à cet endroit sacré.

Adversaire de l’intervention étatique en matière de services sociaux, cette droite chrétienne intégriste souhaite même que l’État se retire de l’éducation et de la sécurité sociale pour en redonner la responsabilité à la famille et à l’Église. Son objectif, explique Marci McDonald, est une « restructuration du Canada en tant que fervente nation chrétienne, dirigée par des gens qui prennent la Bible au pied de la lettre ». Un des lobbyistes de cette droite grassement financée déclarait récemment que « si les médias savaient combien de chrétiens se retrouvent au sein du gouvernement, ils paniqueraient ».

« Ce pays n’est pas le nôtre », déclarait un groupe d’artistes québécois (les comédiens Michel Côté, Véronique Le Flaguais, Mario Saint-Amand et plus de 200 autres), dans Le Devoir, quelques jours après l’élection du gouvernement Harper. Les considérations qui précèdent le montrent bien. Les Québécois attendront-ils l’apocalypse pour le quitter ?

louisco@sympatico.ca


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