«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Un mépris de haut niveau »

CUSM : de plus en plus de rapports en anglais seulement, déplorent des médecins

lundi 4 avril 2016

Au moins quatre médecins travaillant dans l’ouest de Montréal déplorent qu’il soit de plus en plus difficile d’obtenir des rapports médicaux en français au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« On reçoit de plus en plus de rapports rédigés uniquement en anglais. Ça me dérange. J’estime que mes patients francophones ont le droit de recevoir ces informations en français », témoigne la Dre Christiane Laberge, médecin de famille qui pratique dans l’ouest de la métropole.

Choquée par l’usage grandissant de l’anglais au CUSM, la Dre Laberge a pris l’habitude d’écrire sur chaque demande d’examen acheminée à ses collègues spécialistes du CUSM la mention : « Rapport en français, SVP ». « Malgré tout, plusieurs rapports me reviennent en anglais », dénonce-t-elle. À une occasion, la Dre Laberge a relancé des médecins pour leur demander de lui fournir un rapport en français. « On m’a dit que la traduction prendrait de deux à six mois », dit-elle.

« À Lachine, 72 % de la population est francophone. C’est faire preuve d’un mépris de haut niveau que de ne pas rédiger les rapports médicaux en français. »

Un groupe de trois médecins de l’Hôpital de Lachine, qui fait partie du CUSM depuis 2008, s’inquiètent eux aussi de l’usage de plus en plus marqué de l’anglais dans leur établissement. « Dans certaines spécialités, tous les rapports arrivent en anglais », dénonce un médecin qui préfère garder l’anonymat, par peur de représailles.

Ce médecin de Lachine, de même que deux collègues et une employée joints par La Presse, est d’autant plus choqué que lors de l’annexion de l’Hôpital de Lachine au CUSM en 2008, plusieurs voix s’étaient élevées pour souligner que l’établissement était le dernier hôpital francophone de l’ouest de Montréal et que son caractère devait être préservé. « On dirait que le français se fait tasser tranquillement », souligne ce médecin.

Le droit à l’anglais

Le directeur des communications de l’Office québécois de la langue française, Jean-Pierre Le Blanc, explique que les médecins du Québec ont le droit de rédiger leurs rapports médicaux en anglais ou en français. Mais à partir du moment où un patient ou un collègue médecin demande d’obtenir le rapport en français, le médecin est dans l’obligation de lui fournir la traduction, et ce, sans frais.

La loi prévoit également qu’il est « loisible à chaque service de santé ou service social d’imposer que ces pièces soient rédigées uniquement en français ».

Ces règles sont confirmées par le Collège des médecins du Québec dans son dernier bulletin d’information. Dans une rubrique sur la langue de rédaction des ordonnances, le Collège explique que la Charte de la langue française prévoit également « que les ordres professionnels ne peuvent délivrer de permis qu’à des personnes qui ont une connaissance appropriée du français aux fins d’exercer leur profession ». « Ainsi, le médecin qui rédige l’ordonnance, de même que le professionnel qui la reçoit, doit être en mesure de comprendre une ordonnance rédigée en français. Il s’agit de la seule langue dont on peut présumer qu’elle est comprise par tous les professionnels du Québec », est-il écrit.

Les médecins de Lachine contactés par La Presse disent ne pas oser demander de rapports en français à leurs collègues anglophones « de peur de se les mettre à dos ».

« On a beau être à l’aise en anglais, parfois, avec les termes techniques, on peut préférer une traduction », ajoute la Dre Laberge. Selon elle, la loi devrait carrément être modifiée.

« Il faudrait que dès qu’un patient est francophone, il reçoive systématiquement ses rapports médicaux en français. »

> Lire la suite de l’article sur La Presse


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