«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Lettre à M Bock-Coté

C’est toute l’âme d’un peuple qui s’en trouve blessée, abîmée et dégoûtée

Démocratie et résultats : jamais acquis jamais perdus

Tribune libre de Vigile
vendredi 16 septembre 2016
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À Mathieu Bock-Coté

Monsieur,

Votre chronique d’hier m’interpelle. Je me pose certaines questions sur cette impatience et l’écrasement d’un oui à un éventuel référendum, de ce peuple québécois qui s’en trouverait blessé, abîmé et dégoûté.

En fait, depuis 1791 que la nation française d’Amérique se meurt d’assimilation à petit feu, vivote et se laisser piler sur le corps, blessée, abîmée, dégoûtée et surtout violée dans sa culture et emprisonnée doucement dans un carcan insidieux, la plupart du temps doucement.

C’était, par l’acte britannique ce 30 juillet, la première séparation du Québec mal faite. Les Anglos à Gaspé, Township et Montréal Ouest, étaient dans des poches laissées aux orties des colonisés. Eux, les colonisateurs. L’injure de cette mauvaise séparation à l’insulte d’être oublié par ses pairs a abouti au Doric Club avec leitmotiv « plutôt la mort que d’être gouverné par les Frenchs ».

S’en suivirent cinquante années d’affronts et d’insultes des Anglos britanniques que la nation française ne tolérait pas. Elle avait le nombre qui l’emportait ; les droits cédés de l’acte de 1774 qui l’emportait, arraché de peur de perdre une autre colonie aux mains des révoltés du sud ; le système seigneurial de propriété qui l’emportait ; elle avait ce droit civil qui les importunait. Bref, le pouvoir des Français qui faisait fléchir Londres ne faisait qu’amplifier et exacerber les malheurs des autres. Alors, moult pétitions d’Anglos britanniques devaient redonner raison aux camarades de Londres.

Il arriva alors, un renversement brutal. La nation française et ses amis de la démocratie en ont mangé toute une volée en 1837. Tuer, brûler, raser, piller les villages par l’acariâtre militaire britannique John Colborne. Méchante raclée qui a abouti avec plusieurs pendaisons de Frenchs et d’amis au pied du Courant.

La totale a résulté en une ordonnance britannique d’union législative pour arracher le peu de pouvoirs législatifs et exécutifs de la province of Quebec et les transmettre à un gouvernement au-dessus et omnipotent. L’assimilation par débordement d’immigrations était aussi bien planifiée par J.G. Lambton une mesure de rétorsion insidieuse efficace.

Ainsi la nation française d’Amérique violée, blessée, abîmée s’est affaissée, bâillonnée, emmaillée, obligée de fuir ou soumise à la dérision du pouvoir de servir de colons, de s’auto abêtir comme Taché. Pactiser et s’assimiler avec les adversaires puis trahir comme Gorge Étienne Cartier a été le lot de la survivance de plusieurs. Bref s’angliciser, être un noble et reconnu par la Cour monarchique de Londres.

Cent vingt ans d’asservissement doux et ingénieux, calculé. Mais aussi une saignée d’un million de Canadiens français sans-pays, de départ au sud et à l’ouest entre 1830 et 1930.

Mais tant qu’il restera un French, il n’y aura de répit. Le Québec bashing n’a cessé de montrer le chemin à ceux qui s’obstinaient à conserver leur culture.

La guerre de Sécession au sud a précipité les visées autonomistes des colonies britanniques au nord qui s’en sont empressées -pour empêcher de se faire envahir de toutes parts. Abraham Lincoln et son secrétaire Willian H Seward, débordé par leur propre guerre, n’ont pas réussi à prendre le magnifique et stratégique fleuve à l’est, ni à l’ouest de joindre l’Alaska à l’union. Le rusé fondateur de la pseudo fédération de McDonald y veillait avec les Britanniques. Le peuple québécois était négligé, pris pour compte, sans ressort.

L’ouverture des communications, l’ère moderne et le réveil lent de la révolution dite tranquille a abouti par des revendications que dès les moindres signes de sentiment nationaliste ont été étouffé avec plus qu’il faut. Le gouvernement de Trudeau avec sa gendarmerie royale a infiltré avec ses propres espions les mouvements naissants, a initié avec des instigateurs des révoltes, mis feu, a posé des bombes, a fait vol et a posé plusieurs gestes illégaux dans le but d’associer la montée nationaliste et démocratique à des filous, des voyous et des bandits. Pour faire la totale encore, il a institué les mesures de guerre dans tout le Québec pour faire une bonne peur aux nationalistes, autonomistes, indépendantistes.

Encore une fois le peuple québécois a bien compris le message que la soumission était la meilleure solution. C’est tout le peuple qui s’en trouve blessé, abîmé, dégoûté et surtout violé de sa culture et emprisonné dans un carcan doucement insidieux,

Puis, Trudeau déclara que l’indépendance est « un crime contre l’Humanité  » attisant les séparatistes anglos à la haine des Frenchs.

Demandant même à Trudeau son association et son partenariat comme preuve de sa bonne foi, René Lévesque, ce combien démocrate, a non seulement perdu le référendum, mais ce peuple tant aimé s’est fait enfoncer en gorge la pire loi constitutionnelle. Il n’a pas été en mesure de faire déclarer illégale cette conspiration des longs couteaux. L’ami de Trudeau, dans un coup d’État documenté que l’État canadien réfute sans preuve à finalement jugé de l’illégitimité de l’acte, mais non son illégalité, confirmant sa validité arrangée.

L’âme du peuple québécois tout comme son leader trop bon s’en trouva violée, blessée, abîmée, dégoûtée et surtout violée de sa culture et emprisonné dans un carcan doucement insidieux, cette fois pour mille ans. René Lévesque ne s’en remettra pas, même en tentant l’extrême beau risque avec des Canadiens de bonne foi.

Puis, les efforts du parti libéral aux commandes de l’État québécois prêt aux ententes minimalistes avec le Canada pour sortir de l’impasse n’ont jamais abouti. Pris de court, débordé par la situation, le parti libéral se scinde une deuxième fois en vingt ans. Il en restera les plus anti-indépendantistes.

En 1995, Parizeau, fait un référendum sur l’indépendance que le gouvernement central fédéraliste violera les règles impunément. Son chef, Chrétien dira après le référendum perdu des Écossais en 2014 « Dans les derniers jours j’ai dit, au diable les règles et j’ai organisé une énorme rencontre à Montréal où des milliers de personnes sont venus de partout pour envoyer le message à l’effet que nous voulions que le Québec reste avec nous. »
Ce sans gêne, sans morale aura fait le nécessaire pour que la démocratie penche du bon bord. C’est tout le peuple qui s’en est trouvé blesser, abîmer, dégoûter et surtout violer de sa culture et emprisonner dans un carcan doucement insidieux. L’ère du mille ans venait de prendre son envol.
On passera sur les crises d’oka et autres honteux montages en épingle par Ottawa avec signature publique de gens masqués et armés.

Le verre est plein.

Que reste-t-il de notre amour pour ce peuple québécois, de sa culture, de sa langue, de sa pérennité, de son honneur ?

Je vous cite « Nos ressorts sont brisés. Les souverainistes semblent entraînés dans la spirale du déclin. Si un référendum avait lieu demain, le oui se ferait écraser. Courir à la guillotine. Les Québécois dorment et les souverainistes ne les réveillent pas. Crions plus fort. Ils ne devraient jamais oublier qu’ils sont les gardiens de l’honneur et ne sont pas en droit de le sacrifier par impatience. »

« Nous sommes en guerre  » disait Marc Lalonde ministre fédéraliste au référendum de 1980 et Jean Pelletier le lambda ministre en rajoute «  Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire ».

La démocratie est une guerre non mortelle, mais une guerre. La guillotine de fer est tombée plus d’une fois. Maintenant elle s’appelle le vote. Cette guillotine sert par absence de consultation aussi à perpétuer la loi constitutionnelle pipée, les contestations de nos lois sur la langue et la culture. Cette absence de consultation sert aussi à nous assassiner à petit feu.

Que nous reste-t-il ?

De quel honneur parlons-nous ? De quelle impatience parlons-nous ? Trois siècles de douce misère insidieuse, sont-ils de l’impatience ! De quel honneur parle l’assimilé, le colonisé et l’encarcané, l’enfermé de la loi suprême ?

Je me pose la question et je vous pose toute cette interrogation : n’est-ce pas que nous sommes un grand peuple que d’espérer encore et encore que s’exerce la démocratie. On a perdu milles batailles, fait mille retranchements, mais nous n’avons pas perdu cette guerre de nous consulter entre québécois pour convaincre, défaire les peurs et engager l’avenir tant et aussi longtemps qu’il restera un maudit French. N’est-ce pas ?

Ce référendum ce n’est pas par hargne qu’il est désirable, mais par patience de convaincre dans ces moments où les adversaires seront obligés de s’expliquer, de donner leur version. Ils devront rendre des comptes. A contrario, ils s’enfermeront dans leur silence à pouffer de rire.

À ce jeu, je fais confiance à la vérité de cette démocratie, ses résultats : jamais acquis et jamais perdus.

Commentaires

  • Marcel Haché, 18 septembre 2016 17h36

    « …capable de réchauffer les coeurs et réunir nos artistes… » Lise Séguin.

    Les artistes ? Une méchante gang parmi eux sont maintenant rendus très loin, très loin « ailleurs », quand encore ils ne sont pas rendus chez l’anglais.

    Et pourquoi pas alors une de ces « Fête Nationale », sur la montagne évidemment, question de narguer(de loin) le West Island, et puis une radicale deuxième « révolution tranquille », certainement, certainement toute pleine de chantiers, et même encore, allez donc savoir… un immense et gigantesque troisième référendum, alors là pour être bien certains, une fois encore, que nous tournons en rond-rond- petit-patapon.

    Pourquoi ne pas simplement rapatrier et mettre au goût du jour le super-super-programme péquiste de 2005 ? Ce ne sont pas les programmeux ni les péquisteux qui manqueraient à cette tâche titanesque… Par ailleurs, peut-être faudrait-il envoyer des lettres ouvertes à Couillard ou à Dion, pour se plaindre et les faire hésiter ! Le rond-rond des indépendantistes n’est pas à bout de ressources. On voit par là que l’indépendantisme et la péquisterie ne sont pas à bout d’imagination non plus, et qu’ils savent entretenir l’espoir.

    Si les élites indépendantistes avaient le cran, le nerf et la fidélité correspondant à ceux des militants, ils pourraient devenir des phares plutôt que rester les bougies éteintes qu’ils sont devenus. Hélas, toute une intelligentsia indépendantiste s’imagine que l’Indépendance surviendra avec la magie que leur inspire l’insipidité transformée en « ouverture » de Justin Trudeau. On jase.

    On jase-tu assez, là, mon Alexandre ?

  • Lise Séguin, 18 septembre 2016 09h48

    Ce document que je n’ai pu joindre à mon commentaire faute d’habileté pour le faire illustrera bien le souhait que j’exprimais pour un coup d’éclat possible au Pontiac.

    http://pierreyallard.blogspot.com/2016/07/francophonie-du-pontiac-quand-la-pierre.html?spref=fb

    Tout l’épiscopat québécois, l’évêque Mulhall de Pembroke de même que le nonce apostolique Bonazzi sont ciblés publiquement depuis septembre 2014. Et le gouvernement Couillard depuis le 29 février 2016.

  • Lise Séguin, 18 septembre 2016 09h38

    Pour ce que ça vaut de la part d’une militante au raz des pâquerettes : La fidélité, la patience et le nerf sont bel et bien là, ce qui manque c’est le pouvoir de l’exprimer.

    La discussion franche et ouverte est constamment paralysée. Chaque fois qu’on ouvre la bouche on se fait accuser de racisme et de xénophobie. La Loi 59 est toujours sur la table à nous menacer. On n’a qu’à regarder la campagne à la chefferie du Parti Québécois.

    Il faudrait un coup d’éclat pour nous remettre les yeux devant les trous. Il se passe ici au Pontiac, un scandale épouvantable, un ethnocide aux mains du diocèse de Pembroke (Ontario) depuis plus d’un siècle. Cela démontrerait la malfaisance du régime fédéral

    En ce moment la Loi 99 est au bord de la moulinette et personne ne semble s’en soucier. Elle est à la merci d’avocats et d’une juge fédéralistes et avec le gouvernement qu’on a on peut craindre que leur avocat s’en tiendra au minimum requis pour ne pas paraître biaisé.

    Le pourrissement du contexte "national" Canada/Québec ne suffit plus pour assurer un dénouement juste de notre situation politique. Il faut une instance internationale, de celles que Jacques Parizeau avait convoquées avant le référendum de 1995.

    Enfin, une suggestion un peu fleur bleue : recommencer notre révolution tranquille en se dotant d’un hymne national capable de réchauffer les coeurs et réunir nos artistes et créateurs pour stimuler l’imagination...

  • Marcel Haché, 17 septembre 2016 11h37

    « On a perdu milles batailles, fait mille retranchements, mais nous n’avons pas perdu cette guerre de nous consulter entre québécois pour convaincre, défaire les peurs et engager l’avenir tant et aussi longtemps qu’il restera un maudit French. » Michel Blondin.

    Il y a une très grande fidélité dans vos propos, Michel Blondin. Mais la fidélité de Bock-Côté ou la mienne ne sont pas moins grandes que la vôtre.

    C’est vrai que chaque fois que la vérité est dite, le mensonge recule un peu. Mais nos ennemis ne passent pas très longtemps à reculer. Cela aussi est à être considéré.

    Malgré qu’il soit un passage obligé, si en plein combat le référendum nuit au Combat, alors il faut temporiser…Temporiser n’est pas abandonner.

    Mais c’est rien de moins qu’abandonner la Cause que de laisser toute une nation entre les mains sales et les mains molles d’un gouvernement faiblard, quand il s’agit de Nous défendre, mais qui a par ailleurs les mains tellement longues quand il s’agit de Nous détrousser.

    Toute la fidélité du monde ne sert à rien quand il s’agit de décrasser ce qui doit l’être. C’est du nerf qui manque aux élites séparatistes, ce n’est pas de la fidélité.

  • Gaston Boivin, 16 septembre 2016 23h30

    Si jamais la situation devenait telle, que nous étions poussés au bord du gouffre, il nous restera encore un moyen de disposer collectivement de nous-mêmes, en choisissant autrement la voie que nous réserve le Canada, c’est à dire celle de notre assimilation et de notre incorporation sans réserves dans leur Canada. De quelle façon ? En organisant un mouvement politique d’Annexion avec les États-Unis d’Amérique, avec lesquels nous pourrions négocier certaines conditions favorables dans une entente écrite, laquelle ne pourrait devenir valable qu’après avoir été entérinée lors d’un référendum majoritaire à 50%+1 des votes. Ce serait là faire un joli pied nez à tous ces loyalistes, qui ont tout fait depuis plus de 2 siècles pour nous rendre la vie impossible, nous assimiler, et nous faire disparaître comme nation, ainsi qu’à ce Canada qui nous prend comme étant leur chose, leur propriété : Il y a de grosses chances que ce mouvement susciterait un fort mouvement d’intérêts chez les jeunes ainsi que chez une partie importante de la population.

    Ce serait nous accorder, autrement, une seconde chance ! Et ce référendum sur un tel projet, pourrait éliminer bien des craintes. Les États-Unis pourraient également y trouver leur compte.

    Et qui sait, le Canada, considérant cette nouvelle perspective, pourrait peut-être devenir plus raisonnable et conciliant à notre égard, et être maintenant disposé à négocier une nouvelle entente entre nos deux peuples et nations, qui serait plus respectueuse et égalitaire pour les deux états les représentants, ainsi que pour chacun de leur territoire, et avec mêmes pouvoirs pour chacun !

    Et avec CONSTITUTIONS DISTINCTES POUR CHACUN DE NOS ETATS ET NATIONS !

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