«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Bourses - Toronto au pied du mur

jeudi 10 février 2011

Il n’y a que les naïfs pour se surprendre de voir une grande Bourse comme la London Stock Exchange (LSX) acquérir le Groupe TMX inc. à qui appartiennent les Bourses de Toronto, de Montréal et de Calgary. Il était écrit dans le ciel qu’un jour ou l’autre, Toronto ne ferait plus le poids devant la montée de la concurrence. Inscrite dans la continuité du mouvement de fusions observé sur toutes les places financières, l’acquisition pourrait mieux servir les intérêts de Montréal que ceux de Toronto... si Québec joue bien ses cartes.

Depuis que Montréal a cédé sa plateforme de transactions d’actions à Toronto en échange d’une exclusivité sur les produits dérivés, en 1999, elle a perdu plusieurs joueurs au profit de Bay Street.

Avec l’acquisition pure et simple de la Bourse de Montréal par le Groupe TSX — rebaptisé TMX pour dorer la pilule — en 2008, Montréal a abandonné tout espoir de retrouver ses titres de noblesse. Cela dit, grâce aux conditions posées par son gouvernement au moment de la transaction, le Québec a gardé le contrôle sur les acteurs et les produits financiers vendus sur son territoire en plus d’obtenir un droit de veto sur tout projet d’acquisition éventuel de ce nouveau groupe boursier.

Voilà qui explique certainement la promesse contenue dans l’offre d’achat de la London Stock Exchange voulant que Montréal conserve son statut actuel de Bourse spécialisée, voire qu’elle accède à celui de centre mondial pour les produits dérivés.

S’agit-il d’une promesse en l’air comme il arrive souvent en pareilles circonstances, ou si les textes légaux confirment ce rôle ? De la réponse à cette question dépendra la décision du Québec de donner son aval ou non à la transaction. Après tout, puisque nous n’avons pas à verser une larme sur le sort que risque de subir le milieu financier torontois au nom d’une « rationalisation » semblable à celle qui a été imposée à Montréal, la priorité pour notre gouvernement doit aller à la négociation de toutes les mesures indispensables pour tirer le meilleur parti possible de l’éventuelle fusion.

Au chapitre de la réglementation, cette acquisition remet en cause de façon éclatante le projet fédéral et ontarien de créer une commission canadienne unifiée des valeurs mobilières. À partir du moment où la nouvelle Bourse fusionnée interviendra sur plusieurs territoires, en Grande-Bretagne, au Canada, au Québec, mais aussi aux États-Unis et en Italie, elle devra, de toute façon, accepter de rendre des comptes à chacun des États concernés. D’où l’intérêt de la formule européenne du passeport déjà mise en place par les provinces, mais rejetée par Ottawa et Queen’s Park. Le moment est venu pour eux de faire marche arrière.

Depuis quelques années, plusieurs sociétés canadiennes préfèrent s’inscrire ailleurs qu’à la Bourse de Toronto pour trouver du capital à un coût moins élevé. Avec l’union de Londres et de Toronto, ces entreprises auront accès plus facilement à ce précieux capital en plus d’offrir leurs titres dans un plus large marché. Tant mieux si Montréal trouve le moyen de gagner au jeu en profitant de la réputation de Londres pour faire le pont entre l’Europe et l’Amérique dans un secteur où elle excelle déjà !

Bien sûr, il est encore tôt pour porter un jugement définitif sur ce projet qui, ironiquement, ramène Toronto dans le giron de la mère patrie britannique. Mais si le Québec réussit à inscrire ses conditions noir sur blanc dans le texte de l’entente, il pourrait en tirer plus d’avantages que d’inconvénients.

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j-rsansfacon@ledevoir.com


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Bourse - Québec inc. vs Toronto inc.

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