«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Biz en paroles - « L’indépendance va être un projet intergénérationnel »

Le chanteur des Loco Locass craint la morosité ambiante

dimanche 14 juin 2009

Jessica Nadeau - Au fil de l’histoire, un peu partout à travers le monde, ce sont les jeunes qui ont mené les révolutions, qui sont descendus dans la rue pour faire entendre leurs voix et changer les destins. Au Québec, les jeunes ont toujours eu un rôle de premier plan à jouer dans cette grande marche vers la liberté entreprise il y a près de deux siècles. Et leur engagement est plus que jamais nécessaire pour faire avancer la cause souverainiste. Réflexion philosophique et politique sur le sujet avec Biz, chanteur des Loco Locass.

Pour Sébastien Fréchette, alias Biz, il ne fait aucun doute que jeunesse, indépendance et histoire sont interreliées puisque l’indépendance trouve son sens à travers l’histoire et que la jeunesse, dans son insatiable soif de liberté, est naturellement portée vers les projets émancipateurs.

Et pourtant, malgré leur fougue, leur enthousiasme et leur vision du futur remplie de belles promesses, il manque aux jeunes une notion importante pour ancrer dans la réalité un pays qui se nomme Québec. « Si les jeunes avaient la pleine conscience historique, avec leur énergie et leur volonté, ce serait la meilleure conjoncture pour accéder à l’indépendance », clame le souverainiste convaincu et membre à vie de la Société Saint-Jean-Baptiste.

C’est pourquoi il propose, à l’image de ce qu’il fait à travers sa musique, un échange, une ouverture du dialogue entre les deux clans, celui des jeunes et celui des vieux, afin que chacun puisse bénéficier de la force de l’autre. « L’indépendance, nécessairement, va être un projet intergénérationnel. L’histoire, c’est un peu la mémoire qui représenterait les plus vieux. Il y a une oeuvre de transmission à faire de la part des plus vieux aux plus jeunes qui, eux, sont naturellement enclins à embarquer dans ce projet-là, mais sans toujours savoir pourquoi. »

Cynisme et individualisme

Outre leur vigueur et leur volonté d’émancipation, les jeunes possèdent une arme puissante pour porter le Québec vers son destin : ils sont immunisés contre le cynisme qui engourdit les plus vieux.

« Les vieux et vieilles souverainistes souffrent de ce qu’Hubert Aquin appelait la fatigue culturelle du Canada français. Et je les comprends, parce que certains arrivent au bout de leur vie et se disent qu’ils ne verront sans doute pas cette idée de leur vivant, alors qu’on est tellement passé proche... Ça doit être extrêmement déprimant. Alors que la jeunesse, elle, a tout l’avenir devant elle et, par essence, ne déprime pas. »

Il faut pourtant faire attention, prévient Biz. Car les jeunes sont des éponges et ils absorbent ce cynisme porté par les baby-boomers repliés dans un « individualisme bungalow, gros chien et filtreur à piscine chacun dans sa cour à Lanoraie ». Or il va de soi que, en observant cette lassitude, les jeunes peuvent avoir tendance à se démobiliser de la politique active. Et le problème, justement, c’est qu’il n’y a pas d’autres options pour obtenir la souveraineté.

« On ne peut pas dire, par exemple : "Moi, je fais ma part en plantant des arbres chez nous, et peu importe si le gouvernement ne change pas les lois, au moins les gaz à effet de serre seront réduits parce que moi, je fais ma part". L’indépendance, ce n’est pas comme l’environnement. Chacun ne peut pas faire sa part pour l’indépendance dans le sens où, ultimement, c’est le palier gouvernemental qui va décider de rapatrier des pouvoirs et de les exercer. Ce choix-là doit donc nécessairement être un choix collectif issu de la majorité.

Engagement

Les jeunes sont-ils moins mobilisés qu’à l’époque ? Non, répond Biz, mais tout dépend du point de référence. Il est certain, explique-t-il, que les jeunes descendent moins dans la rue que dans les années 1970, où la planète entière semblait portée par un souffle révolutionnaire. Mais la rue, à l’heure d’Internet, n’est plus le seul moyen d’exprimer ses opinions. La rue est devenue virtuelle et, dans les i-phones et i-pods des jeunes, il se passe plein de choses qui inspirent confiance, à condition de leur faire une place et de les écouter. « Les jeunes, c’est l’avenir du Québec, et moi, j’ai pleinement confiance en l’avenir. »

Si le passé est garant du futur, « on voit très bien où, logiquement, cela devrait se poursuivre », affirme Biz, qui ne perd pas espoir même si la cause semble aujourd’hui avoir atteint un seuil difficile à dépasser.

« Je trouve qu’en ce moment on est dans une phase un peu marécageuse. Il y a un entre-deux qui est complètement malsain, dans le sens où on a dit non deux fois au projet d’indépendance politique du Québec, mais on n’a pas dit oui non plus à la Constitution canadienne. C’est un peu comme si on avait le pied dans la porte, avec nos valises toutes prêtes, mais qu’on n’arrivait pas à partir. Et l’autre qui nous fait des menaces, "Tu vas perdre le divan", et nous, on reste là planté sur le pas de la porte... »

C’est ce qu’il appelle une phase de « lente délitescence », une dissolution tranquille et graduelle dans un espace plus grand que le nôtre, l’Amérique du Nord, anglophone et canadienne. Une assimilation en bonne et due forme, qui gruge inexorablement l’identité québécoise sans que personne s’en rende compte. C’est d’ailleurs le propre de l’assimilation : lorsqu’on s’en rend compte, il est déjà trop tard.

Morosité

« Le poids politique du Québec diminue systématiquement au Canada, et quand, par exemple, un gars de l’Alberta comme Harper, qui débarque avec sa gang de réformistes, qui dit que la Terre est plate et que Darwin n’a pas existé, eh bien, quand un gars comme ça prend le contrôle de l’appareil politique et que tout ce qu’il décide a des incidences sur les Québécois, c’est ce que moi j’appelle être en otage d’une autre nation [...]. Ce n’est pas parce qu’on ne se bat plus au mousquet contre les Britanniques qu’on n’est pas contrôlé par une autre nation. »

Biz parle de morosité collective, de lignes de fracture, de politiciens comptables qui n’arrivent pas à faire rêver les Québécois et qui sont incapables d’être des porteurs d’un projet de société. Il espère qu’il se passera quelque chose, qu’un Barack Obama prendra le flambeau pour dire « Oui, on peut » et faire rêver à nouveau les Québécois, leur rendre leur fierté et faire de cette idée, qui est présentement en dormance, une force vive et une réalité.

Il souhaite que, comme ce fut le cas en 1976 avec l’ascension au pouvoir du Parti québécois, ce sera une impulsion positive qui mènera le Québec vers son prochain référendum, plutôt qu’un soulèvement populaire en réaction à un événement politique sur la scène canadienne, moteur tout aussi puissant mais dont la connotation est plus négative.

Quant à l’histoire, elle est toujours en cours d’écriture, portée par ses intrigues et ses personnages. Impossible donc d’en connaître le dénouement final. Mais, selon Biz, une chose est certaine, c’est que l’indépendance a toujours sa place comme projet de société et que l’idée, même en dormance, est loin d’être morte.

***

Collaboratrice du Devoir


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