«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Depuis 1982, le Québec est redevenu une entité subalterne sous occupation »

Barrette s’en va-t-en guerre…

jeudi 20 avril

Le cinglant échec qu’il a subi dans le débat sur le Transfert canadien en santé (TCS) n’a pas refroidi les ardeurs de Gaétan Barrette, qui réclame maintenant tous les revenus de la future taxe sur la marijuana annoncée dans le dernier budget fédéral.

 

Le scénario de l’automne dernier se répète. Alors que le premier ministre Couillard juge encore prématuré de solliciter des fonds additionnels d’Ottawa, son vaillant ministre de la Santé est déjà remonté sur son destrier — et son compte Twitter —, prêt à rompre de nouvelles lances contre Ottawa, avec ou sans front commun des provinces.

 

Son argument est parfaitement logique : à partir du moment où les provinces devront assumer la totalité des coûts qui résulteront de la légalisation, ne devraient-elles pas conserver la totalité des revenus ? Bien entendu, le gouvernement fédéral ne renoncera pas à cette nouvelle vache à lait, pas plus qu’il n’a renoncé à tirer profit de la vente du tabac ou de l’alcool. Le fédéralisme n’est pas une affaire de logique, mais de rapport de force.

 

Les provinces vont aussi imposer leur taxe sur la marijuana, mais cela ne suffira pas. Il est à craindre qu’elles cherchent à maximiser leurs revenus, avec les tristes conséquences observées dans le cas de Loto-Québec, qui a sciemment exploité les clientèles les plus vulnérables en plaçant les appareils de loterie vidéo dans les secteurs où elles sont concentrées, tout en prétendant faire de la prévention auprès des joueurs compulsifs.

 

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a fait preuve d’une grande retenue en qualifiant de «  risible  » la réaction de la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, qui semble trouver suffisant le transfert déjà prévu de 5 milliards en 10 ans pour la santé mentale et les 100 millions qui seront consacrés à la nouvelle « Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances », simple prolongement de celle de 2006.

 

 

L’appel à la mobilisation populaire que M. Barrette avait lancé l’automne dernier afin de faire pression sur Ottawa dans le dossier du financement des services de santé n’avait eu aucun effet. Après des décennies de débats sur les transferts fédéraux, l’opinion publique est devenue largement indifférente à ce qu’elle perçoit comme de simples chicanes entre politiciens.

 

La récente étude de l’Institut des finances publiques et de la démocratie, dirigé par l’ancien directeur du budget, Kevin Page, démontre pourtant que les doléances du gouvernement Couillard étaient fondées. «  La contribution du gouvernement fédéral aux dépenses de santé est appelée à diminuer jusqu’en 2026, ce qui forcera le Québec à soutenir un fardeau disproportionné des nouveaux coûts  », estime l’IFPD.

 

Aux yeux du commun des mortels, le réseau de la santé demeure toutefois un trou sans fond dans lequel on engloutit chaque année des dizaines de milliards, dont le seul résultat apparent est d’enrichir les médecins. Qui plus est, la gestion de M. Barrette laisse de plus en plus perplexe. Même une juge de la Cour du Québec, Mélanie Roy, s’est jointe à ses détracteurs. Les enfants confiés à la Direction de la protection de la jeunesse sont victimes du «  désordre administratif  » créé par sa réforme, affirme-t-elle dans une récente décision.

 

 

Peu importe ce qu’on peut reprocher à M. Barrette, il est clair que la légalisation de la marijuana va encore alourdir le poids financier que doivent supporter les provinces, comme cela a été le cas au Colorado et dans l’État de Washington, où on a constaté une augmentation significative du nombre d’accidents de la route causés par des conducteurs sous l’effet du cannabis et d’hospitalisations d’urgence résultant d’une surdose.

 

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