«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour le fédéral, marginaliser jusqu’à l’étouffement final les revendications des francophones au Canada et particulièrement au Québec

AVENIR DU FRANÇAIS

Au-delà du bilinguisme

samedi 7 janvier

Les discussions à propos du bilinguisme des candidats à la course à la direction du Parti conservateur, le sondage réalisé pour Patrimoine Canada sur le bilinguisme et les réponses du premier ministre Justin Trudeau sur le caractère bilingue de la capitale fédérale ont un point en commun. Ils témoignent tous d’une vision réductrice de l’enjeu de la survie et de l’épanouissement de la culture francophone au pays.

L’année 2017 marque le 150e anniversaire du pacte conclu en 1867 entre deux peuples fondateurs, les Premières Nations ayant été tenues à l’écart. Cette notion de deux peuples fondateurs a encore une résonance chez les francophones, mais est tombée en désuétude ailleurs. Parce qu’elle occulte la contribution des autochtones et celle subséquente des différentes vagues d’immigrants.

 

Elle reflète pourtant une réalité historique qui a encore sa pertinence. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB) est le fruit d’un compromis qui, pour les Canadiens français, devait assurer le maintien de leur poids politique et la survivance de leur culture fondée sur la langue, la religion et le régime juridique.

 

Les années qui ont suivi la signature de l’AANB ont toutefois été source de désillusion, plusieurs provinces adoptant des lois et règlements pour priver les Canadiens français de leurs droits à l’éducation, à des services et à des textes juridiques dans leur langue. Les répercussions, malgré des correctifs apportés au fil des 50 dernières années, se font encore sentir. L’assimilation de francophones vivant à l’extérieur du Québec en est le plus triste exemple.

 

Le sentiment d’insécurité culturelle des francophones est d’ailleurs toujours très vif. Selon une enquête réalisée pour Patrimoine Canada et dont Le Devoir faisait état cette semaine, 74 % des francophones jugent que le français est menacé au Canada. Chez les anglophones, seulement 34 % partagent cette préoccupation.

 

La réalité des francophones est généralement méconnue dans le reste du pays ou laisse carrément indifférent. Trop souvent la question est réduite à une affaire de bilinguisme. Pour souligner les progrès réalisés, on nous sort invariablement les statistiques sur le bilinguisme individuel et le taux d’inscription dans les écoles d’immersion.

 

Il s’agit de deux aspects essentiels à la mise en valeur du français, mais ils ne garantissent pas aux francophones un vivre ensemble dans leur langue là où ils sont minoritaires. Il faut davantage. Il faut des politiques solides et des outils pour permettre aux citoyens francophones de s’épanouir dans leur langue sur les plans culturel, intellectuel, social, économique.

 

 

Ce n’est pas du côté du Parti conservateur qu’on trouvera pour l’instant une réponse. La course à la direction bat son plein et offre à cet égard un spectacle pathétique. D’abord, plusieurs candidats parlent peu ou pas français. Ils disent tous qu’un chef qui aspire à être premier ministre doit être bilingue, mais ils se lancent dans la course même s’ils ne le sont pas ! L’ancienne ministre Lisa Raitt y travaille, dit-elle, mais n’a pas réussi à répondre à une seule question en français lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa cette semaine. Et elle était là pour dénoncer un éventuel candidat, Kevin O’Leary, un unilingue endurci qui reporte son entrée en scène après le seul débat en français à Québec, le 17 janvier…

 

Et au-delà de ce débat sur la compétence linguistique des uns et des autres, que proposent les candidats aux francophones du pays ? Rien.

 

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