«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Allégations d’ingérence politique : Dimitri Soudas nie tout

SRC - Société Radio-Canada
jeudi 31 janvier 2008

Le secrétaire de presse du premier ministre nie être intervenu auprès du ministère des Travaux publics en faveur d’un allié du Parti conservateur, Michael Rosenberg. Stephen Harper défend M. Soudas lors de la période de questions.

Le secrétaire de presse et conseiller pour le Québec du premier ministre Stephen Harper, Dimitri Soudas, nie avoir cherché à influencer des décisions du ministère des Travaux publics afin de protéger un allié du Parti conservateur, Michael Rosenberg, propriétaire du groupe Rosdev de Montréal.

À l’ouverture du caucus conservateur, mercredi, M. Soudas a expliqué aux journalistes qui l’assaillaient de questions qu’il n’a fait que demander des renseignements au personnel du ministère des Travaux publics, que dirige Michael Fortier.Dimitri Soudas

« J’ai demandé des explications et, ultimement, comme vous avez vu, il n’y a rien qui a changé dans ce dossier. Il était devant la cour dans le temps et il est toujours devant la cour », a fait valoir M. Soudas.

L’affaire qui soulève la controverse est le résultat d’une enquête menée par la télévision de Radio-Canada, en collaboration avec le quotidien torontois The Globe and Mail. Elle porte sur l’intervention, dans deux dossiers distincts, de M. Soudas et de son ami Léo Housakos, un important collecteur de fonds pour les conservateurs au Québec.

Malgré les affirmations de M. Soudas, le député libéral Denis Coderre soutient pour sa part que le gouvernement Harper doit fournir des explications à ce sujet.

Le gouvernement sur la défensive

Comme il fallait s’y attendre, cette affaire a rebondi à la Chambre des communes lors de la période des questions, mercredi.Stephen Harper

Pressé par l’opposition de s’exprimer sur les allégations rapportées par les médias, le premier ministre Harper a répondu que les faits remontent à un an et qu’« il ne s’est rien passé ».

Il a ajouté que ce n’est pas parce que les deux individus mis en cause, MM. Soudas et Housakos, sont d’origine grecque qu’il faille conclure au complot.

Ce commentaire du premier ministre a suscité une cacophonie de réactions bruyantes de la part de l’opposition, libérale notamment. Le député Denis Coderre a regretté les propos « dégradants » du premier ministre.

Pour sa part, le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Peter Van Loan, a affirmé qu’« il n’y a eu aucun traitement de faveur ». Il a ajouté que M. Soudas n’a pas exercé de lobbying, comme l’accuse l’opposition.

L’affaire Rosdev

Rosdev est actuellement poursuivi par le ministère des Travaux publics, qui tente de mettre la main sur deux complexes immobiliers qui lui appartiennent, soit l’Esplanade Laurier, à Ottawa, et les Terrasses de la Chaudière, dans le secteur Hull, à Gatineau.

Le ministère et le propriétaire de Rosdev, l’homme d’affaires montréalais Michael Rosenberg, s’affrontent depuis 10 ans au sujet de problèmes d’entretien, de murs qui tombent et de loyers payés en trop à ces endroits.

L’intervention de M. Soudas dans ce dossier est survenue à l’été 2006, soit quelques mois après que les fonctionnaires de Travaux publics Canada, excédés, eurent recommandé de poursuivre Rosdev et de reprendre les immeubles, comme le prévoit le contrat.

Lorsque des élections fédérales sont déclenchées à la fin de 2005, M. Rosenberg s’engage aux côtés des conservateurs dans la circonscription d’Outremont, où se trouve une grande partie de la communauté juive hassidique, dont il fait partie. Le libéral Jean Lapierre a remporté cette élection.

Après que M. Harper eut été porté au pouvoir, Léo Housakos se rend voir le chef de cabinet du ministre des Travaux publics. Sans mandat officiel en ce sens, il plaide en faveur de Rosdev. « C’est un homme d’affaires important dans la communauté juive et hassidique. Moi, je voulais simplement [...] trouver une façon d’assurer qu’il soit bien traité par le gouvernement », explique-t-il.Léo Housakos

Ses tentatives se soldent par un échec, mais, rapidement, Dimitri Soudas prend le relais et pose beaucoup de questions au ministère au sujet de Rosdev. Léo Housakos affirme toutefois qu’il n’a jamais demandé d’aide à M. Soudas. « Je n’ai jamais approché Dimitri sur ce sujet-là, jamais, jamais, jamais », dit-il. M. Soudas dit s’être impliqué dans ce dossier après qu’un conseiller municipal eut soulevé la question.

Selon les sources de Radio-Canada et du Globe and Mail, Dimitri Soudas a convoqué, le 2 août 2006 au bureau du premier ministre, à l’édifice Langevin, à Ottawa, le chef de cabinet du ministre Michael Fortier et son adjoint.

Deux sources confirment que le but de cette rencontre n’était pas de demander des informations, mais bien de faire comprendre au cabinet de M. Fortier qu’il fallait trouver une solution à ce problème, parce que Michael Rosenberg était un allié précieux au Québec.

« Il y a eu des pressions du bureau du premier ministre. Dimitri Soudas voulait gagner du temps, retarder les procédures judiciaires contre Rosdev », affirme une première source. « Le but, c’était d’aider un allié important, un ami politique qui allait aider les conservateurs dans la communauté juive », ajoute une seconde source.

L’intervention de M. Housakos dans ce dossier est survenue quelque mois plus tôt, au printemps 2006, lors d’une rencontre à laquelle prenait part le chef de cabinet de M. Fortier, Frédéric Loiselle, et un avocat de Rosdev, John Lemieux. Selon M. Housakos, une activité partisane était au coeur des discussions et le dossier Rosdev n’a été abordé qu’au passage.

John Lemieux s’est depuis dûment enregistré comme lobbyiste auprès du gouvernement fédéral en tant que représentant de ThyssenKrupp Marine Systems Canada, une firme qui convoite un contrat de la Défense nationale pour deux navires ravitailleurs.

Les interventions de Léo Housakos et de Dimitri Soudas ont été interprétées par le bureau de Michael Fortier comme de l’ingérence. Malgré les pressions, le ministère a foncé, et le groupe Rosdev pourrait maintenant perdre ses immeubles en cour. Quant à Léo Housakos, il a depuis été nommé par le gouvernement Harper au conseil d’administration de la société d’État Via Rail.

Intrigante rencontre

Ce dossier n’est pas le seul qui soulève des questions au sujet des relations qu’entretiennent M. Soudas et M. Housakos. Leur implication auprès d’une entreprise internationale oeuvrant dans le domaine militaire suscite également des interrogations.

Des représentants de cette firme cherchaient, l’an dernier, une personne qui pourrait les conduire dans les coulisses du gouvernement conservateur. Entre alors en scène M. Housakos, qui leur est présenté comme un bon guide, bien qu’il ne soit pas un lobbyiste enregistré.

M. Housakos accepte de rencontrer les représentants de l’entreprise à Montréal. Or il n’est pas seul : M. Soudas est également présent. D’où la question : qu’est-ce qu’un représentant de Stephen Harper faisait à cette table avec des fournisseurs potentiels du gouvernement ?

M. Soudas ne nie pas que cette rencontre ait eu lieu, mais ajoute qu’il n’a, en aucun temps, transgressé les règles d’éthique gouvernementales. Léo Housakos, lui, affirme qu’il ne se souvient pas de cette rencontre. Il ajoute qu’il n’a reçu d’argent d’aucun client pour faire du lobbying auprès du gouvernement fédéral. « Je ne suis pas dans ce domaine-là, je ne connais personne dans ce domaine-là », dit-il.

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L’affaire Soudas-Housakos

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