«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Afghanistan - Ce que cela a changé

samedi 9 juillet 2011

La mission de combat du Canada en Afghanistan est terminée. Cette semaine, les derniers militaires ont quitté Kandahar, d’où ils ont tenté pendant six ans de pacifier l’une des zones les plus dangereuses de ce pays. Le bilan de cette mission est, pour ce qui est des Afghans, plus qu’incertain. Pour le Canada, il en va autrement. Cette guerre laissera une empreinte profonde.

Les Canadiens n’ont jamais appuyé la participation de leur pays à cette guerre. Intuitivement, ils savaient qu’elle ne pouvait être véritablement et durablement gagnée. Six ans plus tard, l’insurrection est loin d’être mâtée. Le gouvernement afghan est instable et corrompu. Certes, les États-Unis poursuivront avec l’OTAN la bataille jusqu’en 2014, mais il faut craindre que, livré à lui-même, l’Afghanistan revienne là où il fut déjà et que tous les efforts de reconstruction, de pacification et de démocratisation déployés aient été vains. Le pire n’est pas certain, mais l’échec de l’URSS dans les années 1980 laisse songeur.

Les réserves des Canadiens à l’égard de cette intervention étaient inspirées aussi par la nature de cette dernière, qui marquait une rupture. Pendant quatre décennies, le Canada s’était donné une image de pays pacifique, engagé résolument dans des rôles humanitaires, et voilà qu’il partait en guerre. Et qui plus est, aux côtés du faucon George W. Bush. Pour la première fois depuis 1951, alors qu’il envoyait 25 000 soldats en Corée, le Canada se retrouvait véritablement en guerre, avec des morts, des blessés, des prisonniers.

Les Canadiens ont été surpris de se retrouver dans ce nouveau rôle, eux dont la fierté tenait à la participation de leur pays aux opérations de maintien de la paix, une « invention » canadienne. Ils n’avaient pas réalisé que le concept d’interposition de forces internationales entre belligérants avait fait place peu à peu aux notions de droit et devoir d’ingérence au nom desquels des États s’accordaient le droit d’outrepasser la souveraineté d’autres États.

Les Nations unies avaient multiplié depuis les années 1980 les interventions de cette nature, desquelles le Canada s’était toutefois tenu loin en raison de sa tradition. Ses obligations envers ses alliés l’auront cependant forcé à y venir. En 1999, il était de la force d’intervention de l’OTAN au Kosovo, où sa participation, relativement modeste, était de nature aérienne et exposait peu les militaires canadiens. En 2003, il refusa toutefois d’aller se battre en Irak, pour accepter en 2005 de le faire en Afghanistan.

Ce droit d’ingérence se justifie par un devoir humanitaire. Or l’humanitaire a été le parent pauvre de l’intervention canadienne en Afghanistan. Il est vrai que le contexte d’insécurité rendait difficile un travail en profondeur sur ce plan, ce qui a néanmoins déçu beaucoup de Canadiens et alimenté l’impression que leur pays était désormais passé du camp des colombes à celui des faucons.

Cette impression n’est pas totalement fausse. Le gouvernement Harper n’a cessé de faire croître les budgets militaires et a fait de l’armée un vecteur de sa politique étrangère. Il n’a aucune réserve morale à assumer pleinement son devoir d’intervention. Il n’a même pas hésité une seconde avant de se porter à la rescousse des insurgés libyens. « L’image du Canada à l’étranger a changé. On sait qu’il est prêt à remplir ses obligations », se réjouissent les conservateurs, une façon de dire que les « humanitaires » (entendre les libéraux) ne sont que des mauviettes. L’Afghanistan aura été l’occasion de changer, sans le dire, l’axe de la politique étrangère canadienne et de placer le Canada dans le sillage de ses grands alliés, les États-Unis au premier chef.


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