«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Affaire Lu Chan Khuong : intérêt de la justice ou considérations politiques ?

Billet — Louis Lapointe
mercredi 19 août 2015
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Je suis cette histoire concernant la Bâtonnière du Québec depuis le 1er juillet dernier.

Ayant moi-même eu à subir les pressions de la haute direction du Barreau du Québec pour que l’École admette le fils d’un sous-ministre à l’encontre des règles en vigueur à l’École du Barreau, je sais comment ça se passe quand on tient tête à un haut dirigeant jusqu’à gagner une bataille quasi judiciaire interne.

J’ai eu gain de cause même si je n’ai pas fait ce qu’on attendait de moi. Le fils du sous-ministre a dû attendre un an pour être admis à l’École du Barreau comme tous les autres candidats dans la même situation. Tous les comités qui ont entendu l’affaire ont rejeté sa demande d’admission tardive.

Mais j’ai payé très cher cet excès de zèle contre « un ami du Barreau ».

Si j’avais répondu favorablement à toutes les demandes de la haute direction du Barreau, surtout lorsque j’estimais qu’elles n’étaient pas appropriées, je serais peut-être aujourd’hui le directeur général du Barreau du Québec à la place de Lise Tremblay, une avocate que j’ai engagée comme directrice du centre de Montréal en 1999.

***

Donc, quand j’analyse l’affaire Khuong, je commence par le début, pas par la fin comme l’ont fait tous les analystes qui ont contribué à faire de cette histoire ce qu’elle est devenue.

Objectivement, même si elle aurait dû le faire pour des raisons éthiques, Me Khuong n’avait pas à divulguer cette affaire, c’était le devoir du procureur général de le faire s’il estimait que des accusations devaient être portées contre elle.

Dans l’intérêt de la justice, jamais ce dossier n’aurait dû être déjudiciarisé compte tenu du parcours professionnel de Me Khuong.

Pourquoi le dossier du présumé vol à l’étalage de Me Khuong a été déjudiciarisé alors que l’intérêt de la justice commandait qu’il soit connu du public puisqu’il concernait une personne qui briguait d’importantes fonctions au sein du système judiciaire, celle de vice-présidente du Barreau du Québec ?

Si j’avais été le substitut du procureur général responsable de ce dossier, j’aurais exclu d’emblée toute déjudiciarisation pour ne pas qu’on m’accuse d’étouffer une affaire qui était d’intérêt public.

Dans l’intérêt de la justice, j’aurais soit porté des accusations, soit mis fin à l’affaire uniquement sur la base de considérations professionnelles.

Les questions que devrait donc se poser tout bon journaliste sont, qui a pris la décision de déjudiciariser ce dossier ? Pourquoi ? À la demande de qui et dans quel intérêt ? Est-ce le procureur responsable du dossier ou un supérieur dans la hiérarchie de la Direction des poursuites criminelles et pénales ?

À mon avis le DPCP a manqué de professionnalisme en déjudiciarisant ce dossier alors qu’il était dans l’intérêt de la justice qu’il soit traité suivant la procédure normale et que des accusations soient portées uniquement si la preuve le justifiait.

Dans le cas contraire, nous n’aurions jamais dû entendre parler de cette affaire s’il n’y avait pas matière à poursuites, puisque, a posteriori, la déjudiciarisation n’était manifestement pas une option valable compte tenu de la saga qu’elle a générée.

Cette histoire a dégénéré parce que le DPCP a erré dans ce dossier.

Elle a nui à la Justice ainsi qu’à son image.

Elle nous a toutefois révélé le vrai visage du Barreau du Québec, de ses administrateurs et de ses officiers, ce qui est certainement d’intérêt public.

***

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Repenser le Barreau du Québec ?

Commentaires

  • Claude Gélinas, 21 août 2015 11h33

    À qui profite la fuite ? Une fuite unique en 20 ans sur 10 000 dossiers de déjudiciarisation . Certainement aux administrateurs ayant voté contre l’élection de la bâtonnière. Le plus surprenant c’est que le Barreau n’ait pas jugé opportun de diligenter une enquête par le syndic préférant banaliser la fuite et agir précipitamment pour congédier la bâtonnière.

  • Ouhgo, 20 août 2015 09h32

    Couillard ne laisse pas un pouce à sa haine : attaquer Bellemare à travers sa femme, tout comme attaquer Péladeau à travers sa femme. Ça s’apparente à la Chine qui veut persuader ses exilés de rentrer faire face à la justice en prenant en otage leurs familles... La terreur nous entoure tellement qu’on doit mettre ces affirmations au conditionnel ! N’avons-nous pas un projet de libération de notre peuple ? Sommes-nous encore assez nombreux à ne pas envier le Maître ? Après tout, le Québec n’est pas la propriété d’un seul Parti... On peut le spolier drapeau en main : par ici le pipeline !... c’est gratuit...

  • Michel J Dion, 20 août 2015 01h06


    Je crois que l’on peut se permettre d’aller plus loin dans notre réflexion sur ce dossier. Si on regarde cette situation autrement, et qu’on se pose cette question :

    « Qui aurait intérêt à exclure Lu Chan Khuong de l’appareil judiciaire québécois ? »

    Nous savons que la bâtonnière est l’épouse de Me Marc Bellemare, cette ex-ministre de la justice libéral qui a "dénoncé" la nomination de juges sous Jean Charest. Celui là même, qui a dit que le gouvernement libéral de Jean Charest était le plus corrompu de l’histoire du Québec. Me Bellemare voulait même se présenter dans Sherbrooke contre Charest, et a inciter les Québécois à voter contre le Parti libéral. N’est-ce pas assez pour que l’on pense à une vendetta, à une purge interne, comme c’est le cas avec Nicolas Girard (AMT) et Sylvain Simard (SAQ) ?

    Devant ces faits, bien des questions se posent...

  • Mireille Deschênes, 19 août 2015 15h44

    Bonjour,

    Quelles bonnes questions ! Par ailleurs vous en dites trop et pas assez ! Dommage.

    Bonne journée !

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