«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un témoignage de première main : « Où est la logique ? »

Charte des valeurs québécoises

Adieu coiffe, voile, corset, cape, capuche, etc. !

mercredi 2 octobre 2013

Pour l’avoir vécue de près et du dedans, je peux parler de la période des grands « changements » qui ont touché les religieuses du Québec au moment de la Révolution tranquille.

En ce temps où il est question d’une Charte des valeurs pour le Québec, j’entends dire que les religieuses ont librement choisi de laisser tomber le voile. Ce n’est pas tout à fait la vérité et je me permets de mettre les pendules à l’heure. Je ne parlerai ici que de mon propre vécu et de celui de ma congrégation.

Nous avons été obligées, en quelque sorte, de quitter l’habit religieux, de changer de style de vie parce que rejetées par une société qui ne tolérait plus le « religieux ». Cette même société qu’avait servie, généreusement et peut-être malhabilement, le monde des religieuses. En dehors de mes murs, je sentais sur moi le regard méprisant de plusieurs personnes. Le malaise était pénible, signifiant et grandissant.

Vie religieuse

Ma congrégation, enracinée au Québec, avait à ce moment de son histoire une supérieure provinciale, Sr Marcelle Hamelin, qui avait un sens particulier de l’écoute et du service. Dans nos communautés, elle a provoqué une réflexion sur le sens de la vie religieuse, de la place de la religieuse dans une société où s’établissaient en douce de nouveaux paradigmes.

La réflexion nous a amenées à faire le choix d’entrer silencieusement au coeur de notre société pour la servir, selon nos compétences, en laissant tomber tout signe « ostentatoire ». À la manière donc de la Sagesse de l’Évangile, qui inspire douceur et humilité, nous avons poursuivi notre route. Ce choix douloureux a coûté très cher par la perte de membres compétents qui ont quitté la congrégation.

Après avoir cru que ce malaise de notre société face au religieux était réglé, voilà qu’aujourd’hui il se présente à travers le phénomène de l’immigration. Jusqu’où devons-nous pousser la tolérance ? L’intolérance ?

La pierre d’achoppement me semble être moins la religion que l’expression ouverte de cette religion. Faut-il pour le pays qui accueille accepter maintenant turban, voile, kirpan, burqa alors que l’on a choisi la mise de côté de nos signes religieux ? Nous avons enlevé le crucifix dans les écoles pour ne pas blesser les arrivants d’une autre confession et nous acceptons le voile. Où est la logique ?

Que nous le voulions ou non, les signes religieux trop apparents dressent un mur et créent un malaise. Je sais de quoi je parle. De chaque côté, nous avons des pas à faire pour aller vers l’autre sans provoquer le rejet comme les religieuses d’autrefois. Au fond, ont-elles été perdantes, ces femmes, en mettant de côté coiffe, corset, capuche ?

L’heure est à la réflexion

L’heure n’est pas aux marches dans les rues. Cela ne fait que laisser monter rejet et agressivité. Avons-nous besoin de cette violence ? Je crois que l’heure est plutôt à la réflexion sereine. Le gouvernement actuel nous donne la chance de prendre le malaise à pleins bras et de le regarder en nous demandant honnêtement : moi, que puis-je faire pour protéger la paix dans ce pays ? Nous sommes toutes et tous d’une même société. Je crois que nous n’avons pas à imposer aux autres nos choix de religion.

Je constate une fois de plus que le fait religieux est souvent une cause de guerres et de mésententes entre les peuples. Et pourtant, nous voulons servir Dieu, l’UNIQUE qui ne demande rien, n’exige rien. Il nous aime sans raison, sans condition et sans mesure. Le Dieu en qui je crois n’exige ni corset ni voile pour aimer et servir.

Je fais le voeu que la lecture approfondie et l’étude de ce qui nous est proposé comme Charte des valeurs prennent en compte la paix pour un vivre-ensemble harmonieux dans notre belle province où nous avons toutes et tous une place à prendre en tenant compte de ce qui s’est vécu et se vit dans ce pays.


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