«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Chameau !

Abou Trump al-Amriki

Harcelé chez lui dans une guerre sur plusieurs fronts (une « chasse aux sorcières ») menée par de puissantes factions de l’État profond, le président Trump, dans la première étape de son premier voyage à l’étranger, a atterri en grande pompe dans la pire des théocraties totalitaire.

Trump est reçu avec les honneurs par une monarchie parasitaire qui, depuis des décennies, exporte la matrice de toutes les formes de terrorisme djihadiste salafite ; un régime qui nie les droits de sa propre population et lui apprend à haïr les étrangers, les non-musulmans, les femmes, l’art et l’héritage culturel millénaire (par exemple, en bombardant des sites historiques inestimables au Yémen).

Le régime réfute encore, en tant qu’État, toute implication dans le financement des groupes terroristes les plus extrémistes – sans, n’est-ce-pas, empêcher des Saoudiens pieux de les financer individuellement ; s’ingère dans la culture religieuse des musulmans sunnites à travers le monde et gèle toute possibilité de débat sur l’Islam ; fomente une guerre ethnique-confessionnelle entre sunnites et chiites qui ensanglante le Moyen-Orient, dans le seul objectif d’affaiblir son rival géopolitique, l’Iran, tout en s’abritant benoîtement derrière la protection américaine.

Une théocratie nuisible sans la moindre qualité pour la racheter. Et ce n’est que la version courte.

La fastueuse sauterie de Riyad est présentée comme inscrite dans la dynamique de Trump de soutien à la renaissance de l’industrie américaine. Dans les faits, cela se traduit, encore une fois, par une nouvelle aubaine pour le complexe militaro-industriel-sécuritaire-de surveillance, sous la forme d’une série de méga-contrats comprenant l’achat de 100 milliards – et possiblement de plus de 300 milliards – en armes américaines par la théocratie totalitaire.

En marge de la vente, Trump a proposé son idée d’OTAN arabe – qui est essentiellement l’officialisation d’une symbiose entre l’OTAN et le Conseil de coopération du Golfe qui existe déjà. Cette OTAN arabe sera destinée – en théorie – à combattre quelques branches du fondamentalisme islamique (Daech, mas pas, par exemple, le Front al-Nosra), mais surtout, ce que le Conseil de coopération du Golfe considère comme une « menace existentielle », l’Iran et, sous-entendu, le chiisme.

C’était au menu d’un banquet partagé par tout le gang des pétrodollars et plus de 50 leaders de pays majoritairement musulmans, tous hôtes du chef nominal de la maison Saoud, le roi Salmane, qui souffre d’Alzheimer. Ni l’Iran, ni la Syrie n’ont été invités. Trump a délivré un discours à tous les musulmans – une témérité de mauvais augure en soi.

L’OTAN arabe sera de facto menée par nul autre que Trump lui-même, avec pour second couteau nul autre que le prince saoudien belliqueux Mohammed ben Salmane, alias MBS.

Le tout nouveau et formidable arsenal américain sera déployé – comme le veut la narrative OTAN-CCG – dans un but de « défense » contre l’Iran, et surtout de « défense » contre la Syrie et le Yémen, qui, comme le démontrent leur bilan, sont coupables de ne pas être dirigés par des fanatiques wahhabites.

Chaque grain de sable du désert d’Arabie sait que les principales brigades djihadistes de Syrie, la dénommée « Armée de conquête », menée par al-Nosra, alias al-Qaïda, sont financées par des fanatiques wahhabites liés à la maison des Saoud. Al-Nosra bénéficiera à plein de la corne d’abondance des nouvelles armes.

Au sujet de l’Iran, la maison des Saoud peut même compter sur le soutien plein et entier des généraux de Trump, « Mad Dog » Mattis au Pentagone et le conseiller en sécurité nationale HR McMaster, qui sont tous deux allés en Irak et considèrent Téhéran comme le Mal incarné.

Quand nous y ajoutons le confortable compromis entre Israel et Daech, le tableau général explose n’importe quel thermomètre dadaïste/surréaliste. De nombreux djihadistes blessés d’al-Nosra ont été traités dans des hôpitaux militaires israéliens. Quand Daech a accidentellement pilonné des Israéliens sur le plateau du Golan, Moshe Ya’alon, l’ancien ministre de la défense, a souligné d’une voix haletante que les djihadistes avaient « immédiatement présenté des excuses à Israël. »

Bien sûr qu’ils l’ont fait. Daech travaille à faire progresser les principaux objectif stratégiques d’Israël à travers le « Syrak » ; maintenir les États arabes laïques en état de faiblesse, fragmentés, ensanglantés par des guerres perpétuelles. Ils se trouve que ce sont également les objectifs stratégiques de l’État profond américain, Trump ou pas Trump. La nouvelle colossale vente d’armes s’inscrit parfaitement dans ce cadre.

Il ne pourrait pas y avoir de meilleure illustration des nouvelles lignes de front ; d’un côté, nous avons Washington, la maison des Saoud, le CCG et Israël (Le CCG meurt d’envie de passer un accord avec Tel Aviv, quitte à abandonner les Palestiniens à leur sort) ; de l’autre côté, nous avons l’Iran, la Syrie – et la Russie.

Il pleut du cash pour des armes !

La simple visite en elle-même – avec toute la maison des Saoud et son empire médiatique tentaculaire joyeusement prostrés devant la voix de leur maître – démontre à quel point ils sont restés les mêmes depuis le bon vieux temps de la rencontre Roosevelt/roi Saud sur le USS Quincy. Encore une fois, la maison des Saoud achète la protection des USA – et la mafia du parti de la guerre sait reconnaître « une offre impossible à refuser » quand elle la rencontre.

L’alliance entre Abou Trump al-Amriki et le vice-prince héritier MBS fera date. En tant que belliciste agressif et égoïste se prenant pour un expert en économie, MBS est en train de collectionner les ennemis haut placés à Riyad.

L’Arabie Saoudite est un État rentier de bas étage, en version bédouine, infestée de paternalisme. La population saoudienne était estimée à 26 millions d’habitants l’année dernière ; la population active à 18 millions. Au bas mot, il y a 9,4 millions de travailleurs immigrés et au moins 2 millions d’illégaux. En pratique, nous n’avons pas plus de 8 millions de Saoudiens dans les rangs des travailleurs, dont seuls 41% travaillent à temps plein.

MBS a fait le tour des capitales occidentales pour la promotion de son programme « Vision 2030 » qui – en théorie – réduirait la dépendance saoudienne au pétrole. Il comporte, entre autres, une réduction des salaires pour les fonctionnaires d’État ; moins de subsides énergétiques ; des ventes de terrains autour de La Mecque ; et surtout la vente de 5% des parts du géant pétrolier Aramco à des investisseurs étrangers à travers une gigantesque IPO prévue pour l’année prochaine, et censée rapporter plus de 100 milliards à investir dans des projets d’énergie solaire et nucléaire. Tout est au conditionnel. Ce qui est certain, c’est que pendant qu’il prêchait l’austérité, MBS n’a mis que quelques heures, l’été dernier, à se décider à acheter le yacht du milliardaire russe Yuri Sheffler, pour 550 millions d’euros, après l’avoir vu pendant ses vacances sur la Côte d’Azur.

Et puis, il y a le Yémen – sur le terrain, c’est le Vietnam de la maison des Saoud et tout particulièrement de MBS. En conséquence directe de la guerre de MBS, l’ONU estime à 17 millions le nombre de Yéménites qui sont dans « l’insécurité alimentaire », c’est-à-dire qu’ils sont en train de mourir de faim, y compris 3,3 millions de femmes enceintes ou allaitantes et d’enfants. Trump soutient pleinement la guerre contre le Yémen.

Sur Daech, le grand écrivain algérien Kamel Daoud a dit quelque chose d’impeccable : « Daech a une mère, l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père, l’industrie idéologique de l’Arabie Saoudite. » Depuis 2009, Wikileaks a éclairci un point : des donateurs privés saoudiens sont la première source de financement des djihadistes-salafistes.

N’espérez pas que les conseillers de Trump le lui expliquent. Quel que soit le nom qu’elle se donne, salafisme ou wahhabisme, la doctrine officielle reste une branche ultra-puritaine de l’islamisme qui appelle à un djihad expansionniste. La maison des Saoud et le califat djihadiste sont les deux faces de la même pièce théocratique totalitaire. L’accueil enthousiaste réservé à Trump et à ses velléités de combat contre Daech par la maison des Saoud, c’est le nec plus ultra des sketch de Monty Python.

Mais, la maison des Saoud peut toujours compter sur les Occidentaux naïfs/cupides – le même bon vieil effet Roosevelt/roi Saoud. Tout ce dont elle a besoin est d’une tactique de diversion. Par exemple, il y a quelques semaines, l’interview de MBS sur al-Arabiya TV et la télé saoudienne, où il proclamait « Nous n’attendrons pas jusqu’à ce que la bataille vienne sur le sol saoudien, mais nous travaillerons pour la porter sur le sol iranien, » tout en affirmant, de façon risible, que les chiites iraniens veulent prendre La Mecque. De fait, depuis des années, la CIA organise des jeux de guerre sur ce modèle exact d’invasion – mais perpétrée par des commandos américains.

Quand MBS a promis, en cabotinant à outrance, avant la visite de Trump, de porter « la guerre » contre l’Iran en territoire iranien, il a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre. Il est tout à fait possible que Trump ne recherche plus la confrontation ouverte avec Téhéran, puisqu’il a besoin de l’Iran et de la Russie pour arriver à une sorte d’accord de paix en Syrie (comme en ont discuté Trump, Tillerson et Lavrov à la Maison-Blanche).

Donc, pour le moment, pourquoi ne pas se prélasser dans l’éclat de l’adulation saoudienne ? Il pleut du cash pour des armes, et personne ne sait mieux qu’Abou Trump al-Amriki qu’il n’y a pas de business plus rentable que le business de la guerre (par procuration).

 

Traduction Entelekheia

[1] NdT : « Abou Trump al-Amriki » ou « Abou Ivanka al-Amriki » signifient « le père Trump l’Américain » ou « le Père d’Ivanka d’Amérique ». Ce sont les noms donnés à Trump par les djihadistes du « Syrak » enthousiasmés par ses frappes de missiles contre la Syrie.


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