«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Ça ne fait pas des enfants forts. Ça ne fait pas des sociétés fortes non plus »

Abolissons la réalité !

Il y a des nouvelles qui, de temps en temps, surgissent dans l’actualité­­ et nous semblent totalement absurdes. On s’en moque, on les tourne en dérision. À tort. Car notre époque tend à prouver que l’absurdité de la veille peut devenir l’évidence du surlendemain­­.

C’est ce que je me suis dit, mardi, quand j’ai entendu parler de l’histoire de Véronica Pereira, cette mère de famille de Repentigny qui est partie en croisade contre les exposés oraux à l’école. Elle veut les abolir et les remplacer par autre chose. Ou du moins, les rendre optionnels­­.

Caprices

On pourrait bien en discuter : les méthodes­­ pédagogiques ne sont pas éternelles. Elles peuvent évoluer avec le temps. La discussion pourrait se mener rationnellement.

Mais ce sont ses arguments qui font sursauter : les exposés oraux angoissent son enfant, donc elle veut les abolir pour tout le monde.

Comment ne pas voir là une caricature de ce qui ne va pas dans notre monde ?

En gros, ce n’est pas à elle de s’adapter aux exigences de la vie en société, mais à la société à se déconstruire en millions de petites règles personnalisées pour ne déplaire à personne.

Elle ne se contente pas de demander un accommodement plus ou moins raisonnable­­ pour sa fille, ce qui pourrait encore passer. C’est la société qui doit s’effacer et l’école qui doit se transformer­­.

L’individu contemporain ne tolère tout simplement plus que la société lui résiste­­ d’une manière ou d’une autre.

Il transforme ses caprices en droits et n’imagine pas qu’on ne cède pas.

Revenons par ailleurs sur son argument­­.

Sa fille angoisse, donc il faudrait abolir l’exposé oral.

Je suis prêt à parier que bien des étudiants, quant à eux, angoissent devant­­ les problèmes mathématiques ou devant les dissertations. Abolissons ça aussi !

Et que dire de ceux qui paniquent devant une expérience en laboratoire et qui ne comprennent pas grand-chose­­ à la chimie ? Abolissons encore une fois !

Pensons enfin à ceux qui n’ont pas la mémoire des dates et qui, en plus, ne voient pas trop pourquoi on se passion­nerait pour le passé dans un monde comme­­ le nôtre ? Abolissons, et abo­lissons encore !

Abolissons les notes, tant qu’à y être !

Abolissons l’école, même !

Car en prétendant adapter toujours plus l’école à l’enfant, on la condamne à l’insignifiance.

En fait, c’est la réalité qu’il faudrait abolir, pour permettre à chacun d’évoluer dans son petit univers ouaté, où il ne sera pas dérangé.

Permettons à chacun de se séparer de la société, de vivre enfermé dans sa bulle­­, de se couper d’un monde qui pourrait­­ le heurter !

Réalité

N’est-ce pas d’ailleurs la pente que nous suivons collectivement, dans notre prétention tyrannique à imposer à la société­­ nos caprices individuels.

Toujours, le bon sens doit céder. Toujours­­, la société doit s’effacer. Toujours­­ l’institution doit se déconstruire­­.

Ça ne fait pas des enfants forts. Ça ne fait pas des sociétés fortes non plus.

 


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