«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

ALÉNA : Brian Mulroney en renfort

Tribune libre de Vigile
lundi 13 février
276 visites 2 messages

Je viens de lire sur le site de La Presse que le gouvernement Trudeau avait fait appel à Brian Mulroney pour le conseiller dans ses rapports avec l’administration Trump au sujet de L’ALENA. Ça va bien aller.

Au début des années 1980, donc, je faisais partie de l’unité de traduction législative au ministère fédéral de la Justice, où nous devions cependant nous décrire comme rédacteurs, ce que je refusais de faire. Je pensais que les francophones et le Québec méritaient mieux que ça. Disons que je le pense moins aujourd’hui...

À tout événement, pour sauver les apparences, on nous confiait parfois, très rarement, un dossier de rédaction. Alors, un jour, mon supérieur hiérarchique, le ahem...« regretté » Gérard Bertrand, me remet un dossier visant la mise en œuvre législative d’un traité concernant le saumon du Pacifique. Après avoir lu les instructions, je préparai un projet que j’expédiai sans tarder aux représentants de Pêches et Océans pour examen. Vous auriez dû voir le traité, une bouillie aussi infecte qu’incompréhensible.

Quoiqu’il en soit, quelques jours plus tard, les représentants de Pêches et Océans se présentent à mon bureau et me demandent de reprendre mon projet sans faire mention du fameux traité. Je leur ai alors expliqué que cela était impossible et que l’on ne pouvait introduire une entente internationale en droit interne sans faire mention de celle-ci d’une façon ou d’une autre. Ils ont insisté. Je leur ai montré des exemples de lois de mise en oeuvre, rien n’y fit. Ils ne voulaient pas voir la moindre allusion au traité dans le projet de loi.

Quelques jours plus tard, monsieur Bertrand me demande de remettre le dossier à un autre membre de l’unité de traduction, ce que je fis. Je me demandais bien ce que celui-ci pourrait faire de mieux que moi.

Une semaine ou deux plus tard, je rencontre une rédactrice anglophone à la porte de l’édifice à mon retour du dîner. « Hi, Lou, are you happy you got rid of that Salmon Treaty bill ? » Je lui répondis ceci :« In a way yes, I guess. Those guys are absolute incompétents. I couldn’t draft an implementation bill without referring to the treaty. It’s clear, I couldn’t do that. » Elle enchaîna alors :« Do you know why, Lou, they didn’t want you to mention the treaty in the bill ? » Je lui répondis que non. Et, elle m’expliqua ceci :« Mulroney sold out to Reagan on that treaty at the Shamrock Summit in Quebec City, Lou, and he didn’t want the House to see it. He didn’t want that treaty anywhere near the House, Lou. So they implemented it by way of a regulation, Lou. And, that’s why you had a problem with them. » Je répliquai alors :« They can’t do that, Ginette, they need an act of Parliament. » Elle me répondit qu’elle le savait et poursuivit son chemin.
Lors de l’appel de mon congédiement devant la Commission de la Fonction publique, le ministère a soulevé ce cas pour établir le fait que je n’étais pas un employé coopératif. Évidemment, ils n’ont pas vraiment expliqué les dessous de l’affaire. Sorry, you guys, I’m not in breach of security, here. YOU brought it out in the open before the Commission.

L’anecdote qui précède montre que ce n’est pas sans motifs que les gouvernements négocient les traités dans le plus grand secret. Lorsqu’ils nous arrivent avec un fait accompli, les médias appellent cela de la démocratie. Et, lorsque les populations manifestent leur mécontentement de voir leurs emplois partir pour la Chine, ils appellent cela du populisme...

À tout événement, avec Mulroney pour veiller à nos intérêts, ça va bien aller. Il était respectueux des langues officielles, aussi, monsieur Mulroney. On a vu cela lorsqu’il a menacé de ne pas faire adopter la Loi sur les langues officielles (1988), si le Commissaire donnait suite à une plainte que j’avais déposé au Commissariat à l’époque. Et, dire qu’on lui élèvera peut-être un jour une statue...

Commentaires

  • Jean Lespérance, 13 février 17h57

    Comprenez-vous maintenant pourquoi je qualifie de traîtres tous ceux qui signent ou sont derrière les traités ? Il faut commencer à faire une liste de ces traîtres afin qu’un jour ils soient traduits en justice, Si ce n’est pas ici, on les accusera dans un tribunal international. Ne perdez rien de toutes ces traîtrises. Le mot traître(s) n’est pas exagéré. Il y a même d’autres qualificatifs honteux à y ajouter.

  • François A. Lachapelle, 13 février 14h55

    Les parlements du Canada et du Québec, issus de la tradition parlementaire britannique, sont des champs minés pour contrer l’avancement quelconque des valeurs d’une réelle démocratie.

    Nos gouvernants politiciens agissent comme des chefs d’entreprise de manière autoritaire et exige une loyauté des plus servile et castrante. Vous Louis Côté l’avez expérimenté au sein de la fonction publique fédérale. Moi, je l’ai expérimenté chez Hydro-Québec avec des dommages limités à cause de la fraternité que je partageais avec mon patron.

    Pour s’en tenir à la dimension des valeurs démocratiques, moins le peuple est informé et consulté, plus la sottise des gouvernants politiciens s’exprime librement mais hypocritement.

    À côté des médias qui débusquent parfois des perles, il faut compter sur des témoignages comme le vôtre ou sur des wikileaks, luxleaks et ainsi de suite pour freiner durant une intermède les abuseurs du système.

    Comment faire la lumière la plus complète possible sur les principaux subterfuges qui finalement servent que leurs auteurs et nuisent au peuple ? Je pense ici au monstre des ratés du système de paie fédéral "phénix". Les folies de Mulroney sont-elles de cette ampleur que je n’en serais pas surpris.

Écrire un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document
Ajouter un document

Éviter les réponses à un autre commentaire, les commentaires s'appliquent au texte seulement.

Pas d'attaques personnelles ni de propos injurieux ou discriminatoires.

Vigile se réserve le droit de refuser tout commentaire sans avoir à justifier sa décision éditoriale.

Veuillez lire attentivement les consignes détaillées avant de soumettre votre premier commentaire.

Consignes détaillées

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2017: 60 000$
1 215$  2%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 18/02 Monique Chapdelaine: 100$
  • 18/02 Mario Fortin: 5$
  • 18/02 Germain Gauvin: 100$
  • 14/02 André Bouchard: 50$
  • 13/02 JRM Sauvé : 175$
  • 13/02 Robert Lecompte: 5$
  • 13/02 Laurent Chabot: 10$
  • 13/02 Gilles Thouin: 5$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!

Publicités