«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Crise au CHUM

À votre santé somme toute

Quel coup de théâtre !

Tribune libre de Vigile
mardi 17 mars 2015
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Le récent psychodrame du CHUM restera dans les annales des épisodes loufoques de l’année ! Il fera sans doute partie de la revue traditionnelle du Bye Bye 2015. Il y a de quoi en rire et en pleurer. Quelle histoire emberlificotée et truffée de jeux de coulisses, voire de guerres de pouvoir pour ne pas dire d’ego. À y regardant de près ce combat de coqs en dit long sur ce qui se passe dans les corridors de nos grandes institutions publiques que nous défrayons à même nos impôts et qui, fatalement, croulent sous d’éternels déficits.

Dans toute cette histoire, qui a pris des proportions d’une énormité indécente, il me semble qu’il aurait assez facile de s’asseoir autour d’un bon repas et de régler tout cela à l’amiable au lieu de jouer ce grand cirque médiatique par des menaces et d’une série de démissions. Il a fallu que le grand patron Philippe Couillard s’en mêle pour calmer le tout et que quelques heures plus tard tout le monde rentre au bercail en pleine harmonie. En quelques heures, le duo Barrette-Turgeon était redevenu les meilleurs collaborateurs qui soient !

On le sait bien, les hôpitaux universitaires ne sont pas faciles à gérer : deux missions, deux visions s’affrontent. Qui aura la priorité, la mission académique ou le service aux patients ? L’aventure du méga CHUM de deux milliards a fait couler beaucoup d’encre depuis sa mise en route en 2000. C’est le projet le plus ambitieux de l’histoire du Québec en santé, ce n’est pas rien ! Il faut en parler à certaines personnes fortement impliqués dans son parcours initial, dont Claude Béland, Robert Lacroix et à tant d’autres, qui gardent un goût quelque peu amer de cette démarche cousue de favoritisme et de tractations politiques.

Le parcours quelque peu sinueux de ce projet d’envergure a suscité autant d’enthousiasme que de désenchantements. Que de millions de dollars engloutis dans des études à répétition sur un éventuel site, de controverses entre les médecins, la direction de l’Université de Montréal et les élus ! En fait, c’est Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, qui a imposé l’emplacement de la rue Saint-Denis, au grand dam du premier ministre Jean Charest et de tant d’autres qui penchaient davantage pour le site de la gare de triage d’Outremont, plus près de l’Université de Montréal et des centres de recherche. Quoi qu’il en soit, historiquement, rien n’a jamais aisé dans la gestion de ce CHUM depuis sa création en 1996 et qui regroupe trois grands hôpitaux : Hôtel-Dieu, Notre-Dame et Saint-Luc.

Dans la mire des tenants gouvernementaux de l’austérité, il est clair que ce style bras-de-fer entre le ministre Gaétan Barrette et le CHUM n’augure rien de bon dans les relations entre le gouvernement et les personnels du milieu hospitalier. Le système de santé est un monstre administratif, complexe et quasi ingérable. Notre cher ministre aux allures et aux manières assez « buldérizantes » vient de perdre du tonus. Au fil des mois, le super trio médical Bolduc-Couillard-Barette aux désirs réformateurs, qui tenait les rênes de l’appareil gouvernemental se disloque rapidement.

Que nous réserve les prochains mois ? Rien ne réjouissant à l’horizon puisque le monde syndical et la gente étudiante fourbissent leurs armes pour des démonstrations éclatantes. Assisterons-nous à un autre printemps érable, celui d’une contestation massive de la population ? La semaine dernière, les représentations des associations étudiantes ont annoncé que 30 000 étudiants entreront en grève le samedi 21 mars ; la grève durera deux semaines et on protestera contre les mesures d’austérité mise en place par le gouvernement Couillard. Et ce n’est qu’un début préviennent-ils ! Un peu partout au Québec, la grogne se fait sentir face aux mesures mises de l’avant par le présent gouvernement pour atteindre à la vitesse grand V le déficit zéro.

En voulant mettre de l’ordre dans les finances publiques, nous avons l’impression que le gouvernement Couillard est en train de créer un désordre social inégalé. Tous les ingrédients sont là ! Selon l’économiste Pierre Fortin, rapporte la revue L’Actualité du 11 février : « Le Québec est l’un des États qui mène les politiques d’austérité les plus sévères parmi les pays riches. » Ce dernier a comparé l’ampleur des mesures québécoises avec celles mises en place par une douzaine de pays développés. De ce nombre, seuls le Japon et l’Australie démontrent des mesures plus austères que celles du Québec. De quoi faire réfléchir tous les opposants à ce régime minceur. De plus, le célèbre économiste, signale que « le poids de la dette dans l’économie québécoise a chuté depuis 20 ans. Le service de la dette du Québec est aussi moins lourd qu’au milieu des années 1990 (4,8% du PIB en 1994, contre 2,9% en 2014) ».

Selon Philippe Hurteau, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) : « Le ministre Leitão gagnerait en pertinence à arrêter d’inventer des déficits là où il n’y en a pas. Si on veut trouver un responsable pour expliquer l’état actuel de nos finances publiques, il est temps de regarder du côté des gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis l’an 2000. Le principal responsable du déficit actuel, avec la débâcle du capitalisme financier de 2008, n’est nulle autre que l’obsession de nos élu.e.s à confondre baisse d’impôt et projet de société. »

Il faut donc se préparer, si l’on tient compte des propos de nombreux leaders d’associations syndicales et étudiantes à un printemps assez chaud. Espérons que le tout se fera civilement car ce n’est pas un gage de bonne santé que de vivre dans une société profondément perturbée, voire malade. À votre santé après tout !

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