«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Chronique de la croqueuse de mots

À quand le Jour du Québec ?

Chronique de Thérèse-Isabelle Saulnier
vendredi 1er septembre
321 visites 6 messages

Du 24 mai au 13 juin, j’étais en Russie, plus précisément à St-Pétersbourg, puis à Moscou. Je me demandais bien, avant de partir, si j’y trouverais au moins un sujet de chronique… Eh ! bien oui, finalement, car le 12 juin, c’était le Jour de la Russie, jour précédé par le festival « Temps et époques », qui a duré 11 jours et auquel, par un heureux hasard, j’ai pu assister. Ce festival couvrait l’histoire de la Russie de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Je me suis alors dit : Et pourquoi pas un Jour du Québec, avec un tel genre de festival reconstituant notre histoire ?

Mais, dira-t-on, nous avons la Saint-Jean ! – Ah ! Oui ? Et qu’est-elle devenue, notre Saint-Jean ? À mon avis, il serait temps de la repenser de fond en comble, de sorte qu’elle puisse contribuer largement à régler bien des problèmes reliés à l’intégration et à la question de l’identité.

Cette question d’identité, elle concerne tout le monde, aussi bien les de-souche que les néo-québécois. On l’a bien vu dans le documentaire présenté récemment sur Les enfants de la loi 101 – du moins sur certains d’entre eux, car la plupart des entrevues ont été faites au collège Vanier, un Cégep anglophone de l’arrondissement St-Laurent, au nord de l’île de Montréal. Ils avouent ne pas connaître la culture québécoise et avoir un malaise avec cette partie de leur identité.

Déprimant… Franchement déprimant… Qui vous donne un sentiment d’échec. Un échec davantage culturel, finalement, dit la réalisatrice Judith Plamondon. « L’échec de la transmission de la culture, et donc l’échec du sentiment d’appartenance envers la société québécoise. Oui, ils parlent français, mais s’identifient-ils à la culture québécoise ? La réponse est non. Ils ne se reconnaissent pas comme Québécois. » - Et cela pourquoi ?

Une question les fatigue et leur donne l’impression d’être exclus, voire rejetés : c’est lorsqu’on leur demande d’où ils viennent, quelle est leur origine, leur pays natal ou celui de leurs parents. - Et alors ? Cette question est-elle une marque de rejet, ou d’intérêt pour leur culture ? Est-ce « leur refuser l’appartenance à la société québécoise » ? Pour moi, c’est clair, si je pose cette question (et je ne voudrais pas m’en priver), c’est parce qu’ils m’intéressent tout particulièrement et que je m’intéresse à leur culture, dont j’aimerais bien en savoir plus ! – Mais non… Ce n’est pas du tout ainsi que c’est perçu…

Le témoignage de Cathy Wong, chroniqueuse au Devoir, est particulièrement troublant : « La loi 101 a fait de moi une Québécoise qui se sent interpellée quand on parle au "nous". Mais lorsqu’on me parle, j’ai l’impression encore qu’on me parle au "vous", comme si j’étais une étrangère et comme si j’incarnais encore une forme de menace. » - Et lorsqu’elle est allée en Chine, ayant finalement décidé de se définir d’abord et avant tout comme Chinoise, voilà qu’elle s’est fait poser la même question à cause de son accent… « D’où tu viens ? » - Alors, pas chinoise de Chine non plus, ni chinoise tout court… Son pays, c’est vraiment le Québec, et son aventure n’est pas unique : un grand nombre de néo-québécois retournant pour une visite dans leur pays d’origine ou celui de leurs parents vivent la même : ils ne s’y sentent plus chez eux, et là-bas, on ne les considère plus comme de chez-eux, mais différents.

Arrêtons-nous là pour le moment (il y aurait tant à dire !) et interrogeons-nous sur cette méconnaissance de la culture québécoise. S’ils la méconnaissent, c’est qu’on ne la leur apprend pas, ou mal. C’est qu’on ne la leur fait pas connaître. C’est pourquoi j’énonce l’idée d’une refonte en profondeur de la Saint-Jean, axée sur l’histoire et la culture du Québec, des origines jusqu’à nos jours, couvrant à la fois l’histoire, la politique, la littérature, l’art, le cinéma et la chanson, cette dernière ayant une place de choix, privilégiée, dans l’évolution de notre société. Repenser, donc, le défilé et aussi les deux grands spectacles, celui de Québec et celui de Montréal.

Pour y arriver, ça prend un ingrédient essentiel, LA FIERTÉ. Comme le dit Akos Verboczy qui, dans le documentaire, interroge les jeunes de Vanier et qui est l’auteur d’un merveilleux livre qui s’appelle Rhapsodie québécoise, Itinéraire d’un enfant de la loi 101, « Être fier de sa culture, c’est aussi vouloir la transmettre », et transmettre en même temps son histoire. Quant à Sophie Durocher, elle écrit : « Certains déplorent que, bien qu’on ait francisé les immigrants en rendant l’école française obligatoire, on ne leur ait pas transmis un amour et une connaissance de la culture québécoise. Mais comment pourrait-on le faire si on ne la célèbre même pas nous-mêmes ? /…/ Si on ne célèbre pas nous-mêmes tous nos artistes les plus importants, comment pouvons-nous imaginer que des néo-Québécois venus du Maroc, de Chine ou du Pérou sachent qu’il y a déjà eu ici un poète un peu rêveur qui chantait Le p’tit bonheur ou Moi, mes souliers, mais aussi L’alouette en colère. /…/ C’est ça qui arrive quand on fait la promotion de toutes les cultures sauf la sienne. » Que je cite encore Francine Pelletier : « Le Québec n’est pas menacé du fait que de plus en plus de francophones connaissent l’anglais. Il sera menacé le jour où ces mêmes francophones cesseront de s’identifier à leurs origines, cesseront d’être fiers de qui ils sont. Le véritable défi du Québec, il est là : au-delà du maintien de la langue, c’est notre amour-propre qu’il faut conserver. »

Cela dit, ne déprimons pas trop vite : ces jeunes, qui ont choisi de quitter le réseau francophone pour le réseau anglophone, ne sont pas forcément représentatifs de l’ensemble de ces enfants de la loi 101, chose que je n’ai malheureusement vu relevée nulle part depuis, soit dit en passant. Ce qui manque dans ce documentaire, ce sont précisément tous ces jeunes qui se sentent, et sont, parfaitement intégrés à la culture québécoise, comme le principal personnage du documentaire. J’y reviendrai dans mes prochaines chroniques et j’essayerai de formuler quelques suggestions sur une nouvelle Saint-Jean. D’ici là, vous pouvez toujours me faire parvenir les vôtres !

Commentaires

  • André Gignac, 5 septembre 12h12

    Pour moi, la fête du Québec devrait être décrétée le jour que le Québec sera un pays indépendant pas avant. Il va falloir rapidement que la machine se mettre en marche pour que cette indépendance se réalise sinon je ne donne pas cher pour notre survie. Je ne comprends pas pourquoi les Québécois ne créent pas le plus vite possible un vrai parti indépendantiste pour canaliser ce désir collectif de se prendre en main.

    Tous nos partis politiques à l’Assemblée nationale du Québec sont fédéralistes, mondialistes et multiculturels. Pour cette raison, je voterai blanc en 2018 à moins qu’un vrai parti indépendantiste embarque sur la scène politique québécoise. Nous sommes sur le point d’imploser au Québec avec ce génocide et cette assimilation en marche sans parler des sans papiers qui affluent massivement à nos frontières et les Québécois laissent aller les choses ; c’est à n’y rien comprendre. Un vrai suicide collectif !

    INDÉPENDANCE OU ASSIMILATION !

    André Gignac 4/9/17

  • Marcel Haché, 5 septembre 10h02

    @ Thérèse-Isabelle Saulnier.
    Toutes mes excuses d’avoir si mal écrit votre nom.

  • Marcel Haché, 5 septembre 09h52

    « …et interrogeons-nous sur cette méconnaissance de la culture québécoise. S’ils la méconnaissent, c’est qu’on ne la leur apprend pas, ou mal. C’est qu’on ne la leur fait pas connaître. »T.I.Saunier.

    En êtes-vous bien certaine Thérèse Saunier ? Êtes-vous bien certaine que cette « méconnaissance », qui a été dispensée et qui l’est encore à l’égard de notre culture, ne relève pas aussi du mépris, celui alignée sur une certaine communauté du Québec, elle-même alignée sur la supposée supériorité morale du R.O.C. ?

    Quoique feutrée, en effet, n’est-ce pas moins qu’une véritable haine qui est dispensée parfois à l’égard de tout ce qui provient « from Quebec », en particulier provenant de ces québécois et ces québécoises dits de « souche » ?

    C’est bien ici, n’est-ce-pas, à Montréal, à Québec et « au Québec » en général, qu’on entend et qu’on lit maintenant cette haine de soi importée, acculturée : « bah, juste à Montréal… », « juste à Québec… », cela pour expliquer nos moindres torts, comme si Nous devions être coupables de ce que « le Québec » est une société distincte ? Pourquoi donc alors ce mépris, et parfois cette haine, si ce n’est pas pour rejeter en douce ce que Nous sommes, Nous, et non pas cette maudite province de Québec ?

    Tous les adorateurs de la dictature du multiculturalisme sont bien trop polis et bien pensants- rectitude oblige- mais aussi bien trop lâches et paresseux pour Nous reconnaître tels que Nous sommes : les nègres blancs d’Amérique. Derrière ce refus de Nous reconnaître tels que Nous sommes, se cache un autre refus : celui de l’effort, celui qui serait requis afin de surmonter une situation collective historique, effort qui, seul, pourrait Nous remettre en règle avec l’idée de la Patrie.

    Car, hélas, sous la dictature du multiculturalisme et du gouvernement des juges, il n’y a plus de Patrie. Plus de Patrie à transmettre, non plus que cette chose que vous appelez parfois encore « culture », ni rien d’autre d’ailleurs à transmettre que les droits de l’homme et de la femme, ceux des indiens et des transgenres, ceux de la diversité avec un grand D. Sous cette dictature repentante et pleurnicharde, d’autant plus agressive que festive, chacun devient le porteur souverain de sa culture personnelle. Chacun y devient aussi sa seule et unique patrie.

    Un « festivisme » de bonne aloi est ainsi appelé à remplacer la véritable « culture »…mais à devenir en même temps lui-même de plus en plus hargneux. Tout comme le multiculturalisme duquel il est issu, c’est dans l’adn du « festivisme » québécois de devenir totalitaire.

    Le temps des « post-nationaux », véritables nazis des temps modernes, débute donc avec cette redoutable quête de pureté, dont le Canada, tout fier que son p.m. soit devenu cette star internationale à la fois de la Repentance et du Festivisme arc-en-ciel, sera sans doute le premier pays de tout l’Univers à rejeter un à un, parfois pour de simples peccadilles, rétroactivement et officiellement, ses propres Pères fondateurs.

    Et c’est ainsi que les antiracistes et les altermondialistes (et bien des progressistes à la noix) sont tous portés maintenant par cette même quête de pureté qui a déjà porté les nazis d’une autre époque, cette quête toujours plus festive mais toujours plus hargneuse, plus intransigeante et de plus en plus totalitaire. De plus en plus malsaine aussi.

    S’ils veulent sauver notre langue et préserver cette noble idée de l’Indépendance qui, seule, pourrait mettre fin à ce qui est en cours, une véritable décadence- n’est-ce pas là où Nous en sommes déjà !- les indépendantistes devront cesser d’utiliser cette maudite langue de bois, et Nous parler des vraies affaires, des vraies… On jase.

  • Pierre Desfossés, 4 septembre 22h24

    Pierre Desfossés,

    mes excuses à tous et toutes pour avoir omis de signer mon texte ci-haut publié.

    @ monsieur Réjean Labrie,

    très bonne suggestion que cette Fête du peuple fondateur. Mais j’ai bien peur qu’elle ne soit pas plus réaliste que ma suggestion du mouton écorché... Au moins, elle propose du positif.

  • 4 septembre 15h36

    Chère Thérèse-Isabelle,

    nous sommes amis de longue date et j’apprécie toujours la justesse de tes réflexions. Cette fois encore. Par la pertinence du sujet choisi de même que par l’éclairage du traitement donné. Nous sommes un peuple malade et notre Fête de la Saint-Jean aussi. Il faut la repenser de fond en comble, écris-tu. Et comment ! Ceux et celles qui l’organisent, depuis quelques années, me semble victimes de la pression multiculturaliste. L’accent est mis bien plus sur l’accueil aux nouveaux arrivants avant tout. Nous sommes un peuple accueillant. Belle qualité assurément ! Mais nous ne sommes pas que cela ! Notre histoire de peuple conquis mais toujours résistant est escamotée plutôt que soulignée avec force comme élément de grande fierté. Notre élan d’émancipation politique, notre besoin d’affirmation culturelle, nos réussites sur le plan des affaires comme sur le plan artistique trop souvent soulignées qu’en demi-teintes. L’apport des nouveaux arrivants est tellement enrichissant ! C’est ce qu’il est important de souligner n’est-ce pas !

    Si le Québec n’est pas que la société des francophones se souche, c’est avant tout la société des québécois de souches ! C’est ce NOUS qu’il faut mettre de l’avant quand vient le temps de la Fête Nationale ! C’est à ce NOUS de langue et de culture française qu’il faut convier les communautés émigrantes. Il faut le faire avec panache, fierté. Nous sommes un peuple admirable ! Nous somme riches de nos vieilles racines mais aussi des greffons plus récents qui se sont solidement joints à nous. Ceux qui nous tournent le dos et se refusent à nos valeurs et à nos moeurs et coutumes n’ont pas leur place parmi nous.

    Le constat récent d’un échec cuisant à intégrer pleinement les jeunes immigrés de deuxième génération doit nous faire réagir. Indifférence et laxisme ont assez duré. Les élites du mouvement indépendantiste doivent réagir avec force. Mais qui sont-elles ? Quels sont leurs moyens et surtout leur volonté de s’attaquer à ce défi de sortir de sa somnolence ce peuple colonisé que nous sommes ?

    Par quoi commencer ? Selon moi, dans la perspective des élections qui approchent, crever l’abcès de la politique québécoise de l’immigration, d’hier à aujourd’hui, et constater l’effet de nuisance qu’elle a causé au Projet d’Indépendance. Nous sommes ouverts à un immigration pro-Indépendance. Un immigrant fédéraliste, comme il y en plein et beaucoup trop, est une nuisance. Une nuisance ! Ces immigrants récents qui à 95% ont voté contre notre projet d’émancipation nationale en 1995, doivent être publiquement appelés à un examen de conscience. Leur minorité de blocage nous à privé du pays que nous, les francophones voulions à 61%. Un scandale ! Un scandale que la rectitude politique nous a retenu de soulever, en bons colonisés que nous sommes ! Par peur des hauts cris des anglos et des fédéralistes. Désespérant !

    Oui, il faut repenser la Saint-Jean. Mais plus encore, il faut remettre en question ce déficit de FIERTÉ d’être soi-même qui nous manque cruellement. Suggestion : qu’au prochain défilé de la Saint-Jean, un énorme mouton bleu et blanc , à la toison écorchée par une meute de moutons rouges ouvre le défilé. J’imagine les réactions : une explosion de joie chez les-uns, de rage chez les autres. Selon moi, cette audace aurait plus d’effet qu’une bombe du FLQ. Une belle façon d’amorcer la campagne électorale de 2018. J’en rêve.

  • Réjean Labrie, 4 septembre 13h32

    Je propose plutôt de combler une grave lacune : mettre sur pied une fête juste pour Nous, les Québécois de souche :

    http://vigile.quebec/Une-fete-juste-pour-Nous-les

    Cessons de s’agenouiller devant l’autre, de se retirer et de s’amoindrir. Célébrons le peuple fondateur !

    Faisons-le par amour-propre, par fierté de nos racines, par amour de notre identité collective qui doit demeurer une et indivisible.

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