«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 453

« 1982 n’est que la continuité d’une « pseudo-fédération » (Michel Grondin)

Si c’est « pseudo », qu’est-ce que pourrait être le « vrai » fédéralisme vs l’indépendance de facto ?

Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 29 septembre 2016
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Bruno Deshaies, 2016-09-29 17:16

« Aujourd’hui, dans l’impossibilité de faire progresser notre demi-indépendance de jure, soit le statut politique du Québec, il faut s’employer à faire progresser notre indépendance de facto. » (Gilles Verrier)

Préliminaire

Pour être au diapason du jour « Le Code Québec » de Jean-Marc Léger tente de résumer à une photographie d’un moment présent d’une supposé psychogénétique socio-culturelle (pour employer des grands mots) la société québécoise. Pour éviter la caricature, il ne faudrait pas oublier que ce moment est chargé d’un passé historique et d’une Grande histoire héroïque et tragique. Toute une société, surtout une collectivité nationale, en a été stigmatisée. Ce que nous en pensons dépend du poids de la tradition et de l’historiographie. Or, nous savons que le discours historique porte en lui-même une forte dose de présomption. Il faut s’en prémunir, car chaque individu se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation politique, économique, culturelle et sociale du milieu où il vit. Il devient partie du public sur lequel agissent d’autres forces qui peuvent engendrer une transformation de situation sinon toutes les sociétés seraient statiques.

L’appel de Gilles Verrier (14 septembre 2016)

Cet appel que nous adresse Gilles Verrier nous plonge dans l’histoire mais aussi dans le futur. Comme bien du monde, il se demande dans quel sens nous devons aller collectivement afin d’assumer notre liberté collective (qu’il ne faut pas confondre avec les libertés individuelles). La liberté collectivise d’une nation est incomparablement différente de la somme des libertés individuelles. En ce sens « Le Code Québec » charrie une interprétation de notre histoire des mentalités mais il ne nous donne pas une explication sur le cul-de-sac du fédéralisme au sujet de l’indépendance du Québec. Dans cette chronique il sera surtout question de notre situation en tant que société nationale dans l’histoire des deux Canadas. Celle que nous vivons dans le temps présent et qui nous cloue dans une posture insupportable.

Sur cette question du statut du Québec et pour avoir été moi-même un fonctionnaire de l’État du Québec en tant que professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal, puis à l’UQAM et, ensuite, directeur de la Division de l’enseignement des sciences de l’homme à la Direction générale des programmes à Québec, j’ai connu avec le ministre de l’Éducation, Jacques-Yvan Morin, dans le premier gouvernement de René Lévesque, l’incompréhension la plus totale. Si bien qu’un jour un sous-ministre en titre du ministère m’avait dit personnellement : « Ne cherche pas, Bruno, tes ennemis à l’extérieur, ils sont à l’intérieur. » Il était sincère et il avait bien raison, car ceux de l’extérieur étaient au diapason et complices de la « machine étatique » qui est détentrice du pouvoir bureaucratique en dépit des ministres, à moins que le ministre ait vraiment de l’étoffe et de la stature comme, par exemple, Camille Laurin. Or, ce dernier nommé ministre de l’Éducation, en 1980, a pu y faire quatre années mais il a été muté par Lévesque en cours de mandat vers le Ministère de la Santé et des Affaires sociales. C’est à regret qu’il accepta la demande de son Premier ministre. Le geste de Lévesque a été perçu comme un manque de confiance. Confirmation de l’instabilité chronique des nominations de ministres à l’éducation.

Voilà ce que nous offre « notre demi-indépendance de jure, soit le statut politique du Québec » actuel (cf. Addenda au sujet d’une Pub du PQ). Nos premiers ministres sont plus préoccupés par la politique provinciale domaine-des-rivalités-politiques que pour la politique-domaine-de-l’action véritablement nationale du Québec. Cette deuxième politique exige de la vision. Pour cela, le Parti Québécois doit comprendre correctement la position réelle de la nation minoritaire dans une vraie union fédérale. Sur ce sujet crucial, voici trois normes de Maurice Séguin :

• La nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement, économiquement et culturellement.
• Pour la nation minoritaire, dans une vraie union fédérale, il y a oppression essentielle appauvrissante (remplacement de l’agir collectif).
• Cette oppression essentielle, née du partage fédéral en lui-même, peut s’accompagner – et ordinairement s’accompagne – de persécutions… de négligence… d’incompréhension… d’incompétence..., c’est-à-dire des multiples formes d’oppressions accidentelles.

Toute l’histoire du Québec est marquée par ce fait de l’annexion collective, c’est-à-dire du « remplacement » quant à la maîtrise de l’autonomie politique complète du Québec. Les souverainistes qui ne prennent pas conscience de cet état de fait sont entraînés insidieusement à raisonner dans l’optique fédéraliste ou de choisir l’option du changement social comme panacée (cf. Martin Aussant, Léo Bureau-Blouin et Daniel Nadeau-Dubois). Ils demeurent des réformistes ou des animateurs sociaux en quête toute leur vie, comme Claude Ryan, à la recherche du « vrai » fédéralisme. Philippe Couillard est dans ce même refrain. Son ministre de la Santé vient de découvrir que la loi fédérale sur l’union sociale canadienne avait des dents au sujet des « frais accessoires » dans les services provinciaux de santé. Voilà un millième exemple de remplacement par un autre État qui plus est détient majoritairement le pouvoir fédérant de la nation canadienne/canadian.

Rôle du pouvoir Central au Canada vs le pouvoirs du Québec

La politique que déploie le gouvernement fédéral depuis sa création, en 1867, consiste à maintenir l’unité politique du Canada. La centralisation assumée par l’État fédéral n’est pas un effet de l’évolution du fédéralisme canadien mais une donne in se de la constitution fondamentale du CANADA depuis 1867. Les tensions ont commencée dès le premier gouvernement du Québec avec le premier Premier Ministre, P. J. O. Chauveau. À cette époque l’État du Québec était une Législature provinciale. Ce premier Ministre a dû faire face, entre autres, à la question du partage de la Dette de l’Union et celle de l’Immigration qui ont été des occasions de brouillerie entre les deux paliers de gouvernement.

• « Lequel a le droit de légiférer sur quoi ? »

Nous invitons les internautes à consulter l’éditorial d’Antoine Robitaille, « Compétences environnementales niées. Dépossessions. » dans Le Devoir du 12 septembre 2016. Ces questions remontent, mutatis mutandis, au tout début de la Confédération. Robitaille dixit : « Dans toute fédération, le partage des pouvoirs entre les ordres de gouvernement est chose complexe. Lequel a le droit de légiférer sur quoi ? Il y aura 150 ans l’an prochain que les tribunaux interprètent et réinterprètent les listes de compétences de l’Amérique du Nord britannique (articles 91 et 92). » Est-ce ça la « pseudo-fédération » ? Un bel exemple où le constitutionnel s’inscrit dans l’histoire. Une constitution doit être aussi comprise d’après les motifs qui l’ont fait naître. Un séminaire à faire sur le « partage des compétences » dans toute union fédérale devrait faire réfléchir les référendistes et nos quatre candidat(e)s dans la course à la chefferie du PQ. Il y a beaucoup d’illusions et de naïveté face au discours fédéraliste.
Quel est le discours des fédéralistes ?

Ce discours est emprunté à la pensée impérialiste. Voici comment peut penser et raisonner Justin Trudeau. Bref schéma du discours :

L’État dans l’optique impérialiste

L’optique impérialiste

• accuse les autres nationalités de « diviniser » l’« État »...
• croirait à la « vocation nationale culturelle » des autres nations, si ces dernières n’étaient pas tentées de mettre l’accent sur l’État ;
• voit dans le principe du « national self-determination  » (des autres) une doctrine en apparence libérale mais au fond « déterministe ». Il faudrait défendre « des valeurs » et non des « nations-États » ;
• considère l’État comme un organisme « neutre » bon pour toutes les nations ;
• voudrait voir « dépolitiser » les problèmes des nations minoritaires.

C’est vraiment le sens de l’expression « C’est le rôle et la responsabilité de l’État. » Dans ce cas, on peut penser que c’est la signification de l’État tout puissant, nationaliste et responsable de tous les abus. L’État est pris ici dans un sens particulier, soit celui des États nationalistes, agressifs, qui confondent « la nation et l’État ». Les normes supra éclairent la position des impérialistes et de leur conception de l’État chez les autres. Le gouvernement central pense surtout qu’« il faudrait défendre « des valeurs » et non des « nations-États ». Cependant, lui, peut défendre les règles d’une société démocratique sur le dos des minorités.

L’État dans l’optique fédéraliste


Sur la dimension politique :

Voici comment peut penser et raisonner Justin Trudeau. Bref schéma du discours :

L’optique fédéraliste
• elle aime souligner que chaque État (central et régional) est « souverain dans sa sphère » :
• elle juge l’autonomie provinciale comme suffisante en elle-même, au point de vue politique (il est parfois question de quasi-souveraineté politique).
• elle souligne que ce serait « démissionner » que de se replier comme dans une réserve, sur le seul État où la nationalité minoritaire pourrait devenir une nation majoritaire.

Tous les arguments sont bons et sont exploités à fond selon les circonstances. Finalement, qui devrait s’en plaindre. La doctrine fédéraliste possède des moyens puissants et insidieux pour défendre l’unité canadienne. En revanche, le retournement de situation pour les défenseurs locaux de l’optique indépendantiste est particulièrement difficile, car l’union fédérale comporte des avantages et qu’il est particulièrement difficile d’affirmer et de défendre l’optique indépendantiste puisque l’union fédérale comporte des avantages :

• en laissant à la nationalité minoritaire suffisamment d’autonomie locale (politique et culturelle)
et souvent assez de « prospérité » économique pour empêcher de naître et pour étouffer (ou du moins rendre anodin) tout mouvement de protestation, de révolte, de libération de la nation annexée.

• D’autre part, on ne saurait soutenir qu’une nationalité dominée, annexée politiquement, économiquement... ne subit aucun tort… qu’être « bien » gouverné par une autre nation, bien « exploité » économiquement par une nation plus riche… ne comporte aucuns inconvénients (sic)…

• et qu’il faut être « mal » gouverné, mal exploité pour éprouver des désavantages et avoir le droit de songer à se libérer. On ne peut prétendre qu’une nation annexée, colonisée n’a qu’un droit « éloigné »… à l’indépendance.

Le remplacement de l’agir (par soi) collectif est le fléau de la nation annexée.

La nation, qu’elle soit subordonnée, colonisée ou fédérée, peut vouloir sa libération et rechercher son indépendance comme fin visée qui sont des objectifs « théoriquement toujours nécessaires en eux-mêmes » pour une nation annexée qui subit l’oppression essentielle. Malgré cette condition, cette nation a autant le droit de se libérer que celle qui est soumise à de fortes oppressions accidentelles. De toute façon, l’oppression essentielle s’accompagne toujours d’oppressions accidentelles − ce qui est incontournable et prévisible. Mais l’oppression essentielle demeure plus grave que les oppressions accidentelles. Nous sommes donc au cœur même du problème prioritaire à résoudre par la nation annexée, car il s’agir de l’agir (par soi) collectif qui est l’une des normes principales pour réaliser l’indépendance de la nation annexée ou provincialisée. L’indépendantiste doit savoir que :

• La vie en société repose sur la notion d’agir (par soi) collectif.
• Mais il y a quand même vie collective distincte, vie autonome.
• Malgré toute l’insistance sur la nécessité et l’utilité pour une société de collaborer avec les autres, il n’en demeure pas moins que la notion de vie d’une société se rapporte essentiellement à la notion d’agir (par soi) de cette société.

Cette norme est fondamentale pour les indépendantistes. Il faut prendre conscience de la signification du mot AGIR : « Pouvoir propre à l’homme de transformer ce qui est, de s’exprimer par des actes. » Pour mieux comprendre, notons des antonymes : s’attarder (sur des détails), contempler, délibérer, méditer, penser, philosopher, ratiociner, réfléchir, rêver, spéculer. Finalement, agir renvoie à l’action dirigée.

« Les Pères de la confédération canadienne savaient ce qu’ils faisaient. »

Dans son commentaire à l’article récent de Gilles Verrier, Michel Grondin croit que « 1982 n’est que la continuité d’une pseudo-fédération », à savoir que ce serait une « fausse » fédération, un mensonge, une escroquerie politique. C’est peu probable. Les Pères de la confédération canadienne savaient ce qu’ils faisaient. Et ils ont accouché d’une fédération très centralisée sauf sur un point important telle la création d’États provinciaux d’après un « partage des compétences ». Ce fut une exigence de George-Étienne Cartier qui s’opposait catégoriquement à une « union législative » souhaitée par John A. Macdonald entre le Central et le Local (deux sphères de compétences distinctes) mais avec des articles qui réservaient à l’État fédéral canadien des pouvoirs qui veilleraient à la préservation de l’« unité canadienne » ainsi qu’au respect des pouvoirs attribués au gouvernement fédéral (1).

Notre pensée politique canadienne-française s’illusionne beaucoup sur la portée des mots fédération, confédération et fédéralisme. Par exemple, le mot fédéralisme est devenu polysémique. Les pour et les contre se combattent sur la nature de ce principe politique ou de cette doctrine surtout lorsque des nationalités sont en cause. On le sait au Québec, car deux thèses principales se heurtent :
1. La « foi » fédéraliste ; 2. La « foi » indépendantiste.
Et pour compliquer les choses, chaque individu n’accepte pas tout (ordinairement) de la doctrine globale et parfois il peut changer de camp.

L’histoire des collectivités nationales qui sont constituées en sociétés organisées peuvent être des nations indépendantes, satellites ou annexées. Lorsqu’une nation parvient à obtenir un État souverain, en même temps, dans cet État, une foule de nationalités demeurent annexées. Le problème se pose des types ou degrés d’annexion politique. C’est le cas du Québec avec un État provincial au sein de l’union fédérale du Canada indépendant. Il s’agit donc d’une subordination sur place et superposition en tant que « nation annexée ».

C’est dans ce contexte que les indépendantistes de la majorité québécoise-française se trouvent depuis plusieurs générations. Les lois et les institutions le confirment d’ailleurs. C’est pourquoi la nation majoritaire fera l’éloge du fédéralisme qui a ses racines dans l’impérialisme pour maintenir l’unité canadienne. Voici le raisonnement de Maurice Séguin dans Les Normes  :

On doit éviter le piège qui consiste

– à croire que l’État central, c’est la nation majoritaire et que l’État provincial, c’est la nation minoritaire
– et à oublier que, si le central cède des pouvoirs, si le régime se décentralise, la nation majoritaire retrouve aussi les pouvoirs cédés et les possède alors à l’échelon provincial (plus fortement que la nation minoritaire).

Même si la nation minoritaire est « justement » représentée (en minorité) et prend sa « juste » part (en minorité) de l’activité Centrale et bénéficie de l’organisation, de la prospérité, de la défense, etc. du Central, elle n’en demeure pas moins une nation minoritaire annexée qui – dans les domaines réservés au Central – n’agit pas collectivement et majoritairement par elle-même.

Continuons cette réflexion. Il faut s’interroger sur le fédéralisme réel (vécu) pour mieux comprendre et les variétés de fédéralisme et la notion de nation indépendante.

LE FÉDÉRALISME

Ambiguïté de la terminologie

Encore une fois, les mêmes mots ne veulent pas toujours dire la même chose.

Ligue confédérale ou confédération,
Fédération d’États, union fédérale ou État Fédéral,
autant de termes qui devraient recouvrir deux séries de réalités assez différentes en très grande partie, mais que, soit par ignorance, soit par rouerie de politiciens, l’on confond assez régulièrement en profitant de certains points communs à ces termes.

Origine étymologique : foedus, foederis
Foedus, foederis
est un mot latin qui a le sens général de traité.

Description des principaux types ¬ ou opposés au fédéralisme

Sommaire

1. Une LIGUE, CONFÉDÉRALE ou une CONFÉDÉRATION
2. UNE UNION FÉDÉRALE, UNE FÉDÉRATION D’ÉTATS ou UN ÉTAT FÉDÉRAL
- Est-ce une Confédération ?
3. Entre la LIGUE FÉDÉRALE et l’UNION FÉDÉRALE (stricte)
4. Une quasi-union fédérale (pouvoir central très fort)
5. L’État unitaire

En gros, le fédéralisme canadien se situe entre 2, 3 et 4. Toutefois, le système fédéral canadien oscille entre l’union fédérale (stricte) – donc une plus forte centralisation – et une quasi-union fédérale (pouvoir central très fort) – le central de la nation majoritaire détient des « forces » exclusives que le local n’a pas. Est-ce une UNION FÉDÉRALE, une FÉDÉRATION D’ÉTATS ou un ÉTAT FÉDERAL qui prendrait le nom de CONFÉDÉRATION ?

Consulter : « LE FÉDERALISME. Que se passe-t-il dans le fédéralisme ? » Une manière pour comprendre que l’agir-par soi-collectif est un bien en soin pour une société nationale tant et aussi longtemps qu’elle se croit distincte malgré sa situation de nation annexée et minoritaire.
Sur la question de « la politique du "possible" », la course à la chefferie du PQ exige de choisir une option plutôt qu’une autre. L’état de la situation est à peu près celui-ci : ou accepter lucidement l’annexion » ou l’accentuer (c’est-à-dire contribuer « à une plus forte annexion ») parce que la nation minoritaire y fait « montre de trop de zèle ». Par ailleurs, on peut aussi savoir « ce que c’est que l’indépendance » et « attendre l’occasion… si jamais… » On dirait qu’ils se réservent tous un « si jamais » ou « à la prochaine fois ».

Chose certaine, la politique a horreur du vide. Les élites québécoises-françaises doivent trouver le chemin de la préparation de la libération collective et le l’autodétermination. C’est une pente nouvelle qui impose de l’abnégation devant l’impasse québécoise. Bref, la politique du « possible » ne peut se suffire de la simple lutte parlementaire et électorale.

Les élites souverainistes doivent savoir agir sans se « faire avoir ». Ce qui veut dire que « faire montre de trop de zèle » au central peut être contreproductif. La réflexion sur l’échec politique du Bloc n’a pas encore été faite par les souverainistes. Face à Nous, la nation majoritaire possède des pouvoirs considérables à son crédit. Dans ce rapport de force entre les deux nations, on peut finalement noter six options :

1. monter vers l’indépendance ;
2. accepter lucidement l’annexion ;
3. se laisser glisser vers l’assimilation (de préférence totale) ;
4. faire face lucidement à la provincialisation ;
5. tirer parti de la réalité « obligatoire » à l’échelon régional ainsi qu’à l’échelon central ;
6. parasiter de la manière la plus autonome possible… et attendre l’occasion… si jamais…

Les chefs de file péquistes doivent s’adresser au public.

Nos chefs de file péquistes doivent choisir. Le public vous attend et veut le savoir. Montrez que vous désirez « monter vers l’indépendance ». Mais encore, où veulent-ils aller ? Iront-ils vers un referendum, une constituante, une élection, un système de représentation proportionnelle, etc. ? Devant cette incertitude, le public ne sait toujours pas s’ils veulent « Un État souverain, français, ayant la jouissance juridique de la reconnaissance internationale ? » Si la candidate et les candidats le savaient, ils devraient avoir le même discours. Navré, le public ne peut que constater la pagaille, le désordre et la confusion qui affligent et assiègent leur parti politique.

Mettez fin à vos luttes intestines et « branchez-vous » sur l’optique indépendantiste. C’est ce que la majorité du Québec-Français souhaite de vous, de tous les Québécois(e)s d’appartenance à la tradition canadienne-française où au Québec qu’ils habitent et qu’ils occupent fièrement. Montrez votre fierté en tant que « chef » ; ne vous perdez pas dans les élucubrations péquisto-souverainistes éculées. Parlez ouvertement de l’objectif final avec des mots et des idées claires. Cette démonstration doit s’adresser au public avec objectivité, sincérité, respect et vérité. Les programmes de gouvernance vous les ferez au moment des élections. C’est ce que les citoyennes et les citoyens s’attendent de vous dans l’optique indépendantiste. Le public vous connaît. Mais en plus, il s’attend à ce que vous défendiez votre choix de réaliser l’indépendance politique du Québec.

L’indépendance politique complète où peut-on la trouver dans tous ces cas de figure du fédéralisme ?

Les indépendantistes aimeraient certainement être maître chez eux dans un « État souverain, français, jouissant de la reconnaissance juridique internationale. » Avec des mots comme ceux-là, le public du Québec commencerait certainement à prendre au sérieux le Parti Québécois. Ce parti apprendrait à parler d’une seule voix sur l’essentiel de son existence. Ainsi, il pourrait travailler à convaincre une majorité populaire à son option. C’est la première étape du cheminement vers l’indépendance. La critique du fédéralisme doit se faire en se positionnant dans l’optique indépendantiste.

À partir de cette position, le public saurait ce que veut réaliser ce parti politique. Par conséquent, il faudra plus que des finasseries politiciennes pour atteindre cet objectif. Entre-temps, ce parti aura à gouverner. Il aura à prendre le pouvoir dans le Québec-province. Toutefois, il devra insuffler le désir à une majorité d’individus dans le public afin qu’ils choisissent ce chemin de la liberté collective comme un bien en soi.

Sur ce chemin nous avons un éclaireur.

Je profite de l’occasion pour signaler que le boycotte de la publication d’une approche universelle de la Grande histoire que l’on trouve dans Les Normes de l’historien Maurice Séguin prive la société québécoise d’un savoir unique et exceptionnel. Cet ouvrage est une somme. Elle l’est pour nous tous au Québec. Mais encore plus, car c’est UN AVOIR INTELLECTUEL COLLECTIF qui devrait être mis à la disposition du public non seulement d’ici mais aussi d’ailleurs.

Vous pouvez trouver un aperçu généralsur le site Le Rond-Point des sciences humaines. Quant au raisonnement de base sur l’indépendance nationale du Québec, Maurice Séguin propose une déontologie de l’action. Il ne néglige pas d’étudier les concepts de nation, de nationalisme, de colonisation et d’empire, d’indépendance et de fédéralisme, d’annexion et d’assimilation, de national et de social, de l’État et de l’Église, ainsi que des problèmes de vie internationale pour servir à la compréhension de l’histoire de deux nationalismes au Canada. Il n’oublie pas les interprétations en histoire du Canada français et du Canada anglais, de quelques thèmes fondamentaux sur l’homme et la société (« vie et conditions de vie ») et la « dynamique intégrale (interne) de la société ». Une somme impressionnant de connaissances mais, aussi et surtout, une synthèse exceptionnelle pour servir à la compréhension la société québécoise et canadienne d’aujourd’hui.

On en est là (ou las) de tourner en rond.

– Quelques suggestions de lectures, surtout pour la candidate et les candidats dans la course à la chefferie du Parti Québécois.

Quand vous aurez lu ces différentes chroniques, vous pourrez vous rendre compte à quel point le malaise péquiste est profond. Que la candidate et les candidats dans cette course se rendent compte qu’ils auront à déplacer des montages. Vous devez apprendre à penser en présence des faits et pas seulement des dernières élections et des sondages et de referendum ou de constituante. Vous aurez à mettre de côté toutes les chimères du discours péquiste qui n’ont pas permis la réalisation de l’indépendance politique du Québec.

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 235
Nation québécoiseLe texte du commentaire de Claude Charron
Claude Charron
TVA LCN lundi 27 novembre 2006

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 268
La nation québécoise dans la fournaise
« Québécois, Québécoises » ou « Quebeckers »
« ...A nation within a united Canada. » (Stephen Harper)
30 novembre 2006 851 visites 2016-09-19

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 427
Doris Lussier (1918-1993)
« Pour la suite de notre histoire : Le peuple québécois […] est majeur et il veut se conduire comme tel. »
Lussier 1er avril 1974. Réédité : 11 mars 2015. 1121 visites + 8 messages (2016-09-20)

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 375
LA « SOUVERAINETÉ EXPRESS » EST-ELLE UN MAL ?La grave crise ministérielle du gouvernement Lévesque en 1984
Chronique du 6 décembre 2010 N’oubliez pas de lire les commentaires de 2010. Visites : 431 + 6 messages 599 29/06/2013 11:42 609 26/01/2014 15:35 619 24/09/2014 13:52 644 2015-07-12 21:51 702 2016-09-27 23:25

Voici un extrait de cette chronique du 6 décembre 2010 :

« Notre bateau, c’est La Grande Hermine de l’indépendance nationale du Québec avec cette devise : « Lorsque la mer est agitée, le travail c’est tous les jours, par tous les temps. » Il faut d’abord organiser l’action sur des fondements solides et s’assurer qu’ils seront retenus, compris et acceptés par le plus grand nombre et partagés correctement entre tous. Une efficace diffusion des notions essentielles de l’idée d’indépendance s’impose auprès des membres de la société civile québécoise. Il faut marteler l’idée clairement et sans bavure. »

« LES DEUX SOLITUDES DU MONDE DES AFFAIRES »Michel Nadeau. Économie et affaires. Dans Chronique. Émission de Joël Le Bigot, « Samedi et rien d’autre » du 24 septembre 2016. Un survol exceptionnel de l’histoire économique québécoise canadienne-française des années 1960 à aujourd’hui. Il clarifie les choses au sujet de la place des québécois-français dans l’économie canadien/canadian. Il soulève le problème de l’économie québécoise et de la mondialisation.

Sommes-nous capables de prendre en considération les progrès de la société québécoise afin de la propulser au-delà de son statut de province ?
Cette entrevue pourrait probablement permettre aux candidat(e)s de prendre en considération les progrès accomplis afin de rendre plus emballant et motivant leur message vers la finalité de l’indépendance. Comment peut-on se faire confiance ? Pour y arriver, il faudra ouvrir le débat, éviter la censure et mettre cartes sur table. Déjà un chemin a été parcouru mais préparer les transformations que l’on veut obtenir plus tard n’est pas une mince affaire.

Pour le moment, la candidate et les candidats dans la course à la chefferie du PQ nous plonge dans l’ennui et la grisaille.

Pour l’homme ou la femme d’action, il serait nécessaire de :

• Ne pas se décourager et concentrer ses efforts dans le domaine du possible en vue d’obtenir des résultats.

• Par conséquent, plus de lucidité permettrait, pourvu que l’on surmonte les tentations de découragement ou d’abandon, de concentrer ses efforts dans le domaine du possible, là où l’action permet actuellement des résultats.

• Pour préparer l’action lointaine, il serait nécessaire d’avoir exactement mesuré quels ont été, à tel moment dans le passé, les obstacles, les limites et les échecs. Cette démarche pourrait aider à préparer les transformations que l’on veut obtenir plus tard. La persévérance et la ténacité s’imposent à celles et ceux qui sont dans l’action.

• Conséquemment, la lucidité sur le passé et le présent peut être source d’évolution planifiée ou de révolution... tranquille ou non.

Faire l’indépendance politique du Québec n’est pas un procès à faire sur le dos de l’histoire. Le réquisitoire a été prononcé moult fois depuis plus de huit générations par les « Canadiens » annexés, en 1763, au British North America sous l’égide de l’Angleterre – soit dans un autre et nouvel empire britannique. C’est en ce sens que « la lucidité sur le passé et le présent » ne peut que faire « un ». S’il y a un « code du Québec », il devrait se lire à l’aulne du parcours réel que la « société canadienne » de la Nouvelle-France a subi après le Traité de Paris de 1763.

Cette société canadienne a traversé des épreuves collectives redoutables, car une autre société s’est bâti à côté et au-dessus d’elle sur tous les plans (politique, économique, culturel et social) qui a donné le résultat d’un Canada à la hauteur des ambitions de Justin Trudeau. Déjà nous savons que le fils est conscient de l’héritage que son père lui a légué intellectuellement et spirituellement.

Les politiques qui se disent indépendantistes et leurs partisans doivent prendre conscience des exigences d’une telle démarche. Comme pour l’historien, ils auront à faire appel à certaines normes. Voici ce que Maurice Séguin écrivait au sujet du travail de l’historien :

L’historien doit faire appel à tout un ensemble de normes très vaste.

Ainsi, pour écrire l’histoire de la grande évolution politique, économique, sociale et culturelle d’une ou de plusieurs sociétés,
• l’historien devra s’appuyer non seulement sur la connaissance de l’histoire concrète, singulière, des autres sociétés,
• mais aussi constamment faire appel – pour choisir, juger, retenir, coordonner et hiérarchiser les multiples faits – à des conceptions que lui fourniront les sciences politiques, économiques, sociales, la géographie, à tout un ensemble de normes très vaste et jamais complètement maîtrisé.

Peut-on comprendre jusqu’à quel point les indépendantistes, femmes et hommes d’action, ont à se faire une tête sur la réalisation de cette grande politique nationale ? Celle-ci transcende toutes les autres politiques sociétales, car elle concerne la création et la reconnaissance internationale d’un État québécois souverain. Pour cela, l’élite politique indépendantiste au Québec a besoin d’un appui certain de la volonté populaire pour soutenir la lutte nationale afin qu’elle devienne contagieuse. À cet égard, notre élite a besoin de comprendre ce qui s’est réellement passé au cours de notre évolution historique. Cette annexion, ce remplacement, cette subordination et mette cette superposition fédérale comme faits historiques transcendent les comportements psycho-sociaux des individus. Cet état de fait conditionne toute la collectivité nationale du Québec. C’est la société elle-même qui se trouve désorientée, dérangée. D’où cette norme que je formulerais ainsi :

Le politique devra s’appuyer non seulement sur la connaissance de l’histoire concrète, singulière, des autres sociétés, mais viser, d’une part, le « concept de l’indépendance d’une collectivité » et, d’autre part, comprendre « la courbe historique de l’indépendance des deux Canadas ». Puis de s’interroger sur les relations de voisinage, de juxtaposition dans le cas de Nations indépendantes.

Jusqu’à ce jour, les stratégies et les tactiques du passé ont échoué quant à l’objectif d’une libération collective complète.

Quand allons-nous apprendre à ramer ensemble ?

« L’indépendance de facto » est à ce prix pour mettre fin à « notre demi-indépendance de jure ». Pour cela, il faut une force organisée dans tous les comtés : le PQ aura du travail à faire auprès de son personnel politique local pour endosser cette optique indépendantiste. Les études, c’est bien, mais il faut des idées claires et partagées et de l’action permanente et soutenue sur le terrain. Les sondages et les discussions byzantines sur le processus référendaire ennuient le public. L’accession à l’autodétermination du Québec ne viendra pas de la Cour Suprême. Par conséquent, un colossal travail de sape est exigé des péquistes à tous les paliers de leur formation politique tant à l’Assemblée nationale que dans tous les milieux sur le territoire du Québec.

Les médias et les réseaux sociaux ont les moyens d’entretenir les mésententes ainsi que de faire déraper le travail de sape pro-indépendantiste auprès du public sur tout le territoire du Québec et dans tous les milieux d’ici et d’ailleurs. L’action sur le terrain exige une bonne dose de réalisme. En plus, cette action ne doit pas être sporadique mais permanente et organisée. Sur ce plan, le Parti Québécois a une côte abrupte à remonter en vue de défendre l’optique indépendantiste contre les défenseurs purs et durs du fédéralisme ainsi que de tous ceux et celles qui croient de bonne foi au Canada fédéral tel qu’ils le comprennent.

Gille Verrier a raison d’affirmer qu’« il faut s’employer à faire progresser notre indépendance de facto ». En ce sens, le Parti Québécois doit mettre au point des réseaux de diffusion de l’idée indépendantiste auprès du public. Il me semble que cette voie est plus prometteuse que la recherche d’une date référendaire, d’une gouvernance provinciale ad vitam aeternam ou d’une lutte de réformistes ou de spécialistes de la constitution canadienne.

En fait, l’indépendance de facto correspond à cette norme générale :

Les répercussions de la vie internationale (extérieure) sur la vie nationale (intérieure) :
• elles sont de plus en plus lourdes même quand la nation maîtrise suffisamment sa vie.
• Une nation ne doit pas craindre (doit rechercher le plus possible) les contacts extérieurs, afin d’enrichir sa vie intérieure.
• Une grande partie des relations extérieures seront surtout des défis stimulants qui provoqueront des progrès (politiques, économiques, culturels) intérieurs.

Les indépendantistes doivent avoir le souci de soulever l’ardeur des individus et de la société.

ADDENDA

Situation incongrue au PQ  : Martine Ouellet n’est pas dans la Pub du Parti Québécois (19-09-2016). Elle aurait aimé dire « Je suis indépendantiste » au lieu de : « Je suis Parti Québécois. » La candidate n’apparaît pas dans la Pub. Un autre malaise au PQ. « Ca ne peut pas être une erreur », déclare Paul Arcand (cf. Un extrait de l’entrevue). Un imbroglio qui n’a pas su être corrigé entre les membres du PQ. En fait, la question fondamentale de l’indépendance dans ce parti n’a jamais été clarifiée depuis sa création. Le projet a accouché du « Beau risque » qui s’est terminé sur une crise majeure de démissions au PQ qui a ébranlé le gouvernement de René Lévesque.

– Tableau comparatif des principaux engagements et propositions des quatre candidats à la direction du Parti québécois :

Alexandre Cloutier
Jean-François Lisée
Martine Ouellet
Paul St-Pierre Plamondon

Débat du dimanche, 25 septembre 2016, à Montréal, au Monument national. http://pq.org/endirect/


NOTE

(1) Constat historique : « L’union fédérale de 1867 n’est que l’union législative de 1841 améliorée : elle contribue à consolider la prépondérance britannique dans l’exercice des grands pouvoirs. (p. 388) » Qui peut prétendre dire le contraire. La centralisation est inscrite dans la constitution. Consulter Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Leçon XV : « Création du Dominion of Canada, 1864-1867 ».

Commentaires

  • Jean Claude Pomerleau, 30 septembre 2016 18h57

    Merci M Deshaies de nous rappeler la pertinence de la pensée de Séguin.

    Tout nous ramène à l’absence depuis le début d’une doctrine politique claire, laquelle ne put reposer que sur une doctrine d’État.

    La mission essentielle de l’IRAI serait de faire apparaître cette doctrine politique. Ce qui suppose un champs d’action beaucoup large que de produire un argumentaire pour convaincre de voter OUI (le piégé référendaire, la logique référendaire). Un penser l’État en profondeur.

    JCPomerleau

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