«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’art au service de la patrie

1792 à main levée : la bd au service de l’histoire

La récente controverse autour de la fête des Patriotes, du refus du gouvernement de hisser leur drapeau à l’Assemblée nationale et les nombreuses interprétations issues des médias et des politiques sur les causes des Rébellions de 1837-1838 ont mises en évidence notre méconnaissance de notre histoire parlementaire. Par chance, Les Publications du Québec vient de lancer 1792 à main levée un excellent recueil de bandes dessinées et de textes historiques sur la naissance du parlementarisme dans un Bas-Canada loin d’être un long fleuve tranquille. Pour le lancement montréalais de l’album, en plein festival de bd de Montréal et à l’ombre de la statue de Louis-Hyppolite Lafontaine, nous avons rencontré Réal Godbout, Van, Vincent Giard, Christian Blais et Michel Giguère : discussion autour d’une bande dessinée pas comme les autres.

Mais si sur papier associer l’histoire plus neutre et plus impersonnelle à la bande dessinée peut être une idée riche, il faut avouer qu’elle peut facilement tourner au cauchemar si le propos et la rigueur historique la figent dans une nomenclature de faits sans âme et sans émotion comme le sont trop de bédés institutionnelles. « Il fallait éviter de tomber dans ce piège, de faire une bande-annonce historique qui raconte en quelques dessins ce que le texte dira par la suite. Les bédés devaient vivre par elles-mêmes, en dehors des explications historiques » souligne plutôt deux fois qu’une Michel Giguère, un médiateur en bande dessinée qui œuvre dans la capitale nationale depuis une trentaine d’années, appelé par Christian Blais pour l’aider dans le projet.

La petite histoire au service de la grande, quoi ! Une stratégie gagnante pour humaniser un peu plus l’histoire.

Rapidement, ils s’entendent sur une formule qui permettra aux amateurs de bédé, aux amateurs d’histoire et au grand public d’y trouver leur compte. L’historien s’occupe des textes explicatifs nécessaires pour bien comprendre le contexte et les enjeux alors que les bédéistes eux proposent des petits instantanés du quotidien qui donnent un côté plus humain aux événements abordés par Christian Blais. La petite histoire au service de la grande, quoi ! Une stratégie gagnante pour humaniser un peu plus l’histoire.

« C’est ce qui m’intéressait soutien Vincent Giard qui a travaillé sur Pierre-Stanislas Bédard. Sous ses traits expressifs, cet homme politique passionné et véritable tête dure, qui préfère croupir en prison et attendre que la cour confirme son innocence plutôt que de reconnaître une culpabilité de convenance, quitte les livres d’histoire où il prenait la poussière pour retrouver sa verve, son dynamisme et sa vie. « Je n’ai pas voulu faire un personnage désincarné, figé dans les pages des livres d’histoire. Je voulais lui redonner une vie. À lui et aussi à ses proches dont sa femme qui ne l’a pas vu pendant un an et qui a dû s’occuper de la famille, des affaires et de la maison. C’est ce que je trouvais intéressant à raconter. Et là-dessus j’ai eu toute la latitude dont j’avais besoin de la part de Christian. »

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Si l’historien a laissé les bédéistes libres, il ne faut pas penser que ces derniers pouvaient tout faire, au contraire il veillait constamment à la rigueur historique du projet. « Au début, il nous a donné toute la documentation nécessaire pour bien comprendre le sujet et tout au long de la réalisation il était disponible pour nous aider et veiller au respect des réalités historiques » ajoute Van qui a dû retirer de son histoire certaines cases où les enfants échappaient quelques jurons bien sentis. « On ne sacrait pas à l’époque », se justifie Christian Blais. « On ne sacrait pas, mais on avait d’autres jurons et j’ai dû, pour aider Van, les trouver. Je suis devenu un expert en jurons bas-canadiens », rigole-t-il sous le regard malicieux de Real Godbout qui a lui aussi goûté à la rigueur de l’historien pour son excès de didactisme. « Au début je concevais le projet comme les bandes dessinées historiques didactiques que je faisais avec Les Débrouillards, Mais rapidement Christian et Michel m’ont fait comprendre que ce n’étaient pas ce qu’ils désiraient. Ils voulaient des trucs plus créatifs, un défi beaucoup plus intéressant » et plus motivant serions-nous tenter de rajouter.

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Avec le résultat que les 4 bédés proposées ne trahissent ni le style, ni les préoccupations, ni les signatures des bédéistes. « Nous voulions qu’ils nous parlent d’histoire certes, mais à leur façon » souligne Michel Giguère, qui peut dire mission accomplie, puisqu’autant les bandes dessinées que les textes historiques, simples, bien écrits et éclairants font de ce 1792 à main levée un ouvrage essentiel pour comprendre la naissance du parlementarisme au Canada et nous redonner une fierté historique que nous avons peut-être perdue de vue depuis quelques années.

Comme la recette a été un succès, on peut maintenant espérer que les autres institutions québécoises empruntent cette audacieuse voie qu’a prise l’Assemblée nationale en confiant à des historiens et à des bédéistes la mission de rendre vivant une partie de notre passé parlementaire. « C’est que je souhaite », conclut Michel Giguère.

Vincent Giard, Réal Godbout, Van, Voro, sous la direction de Christian Blais, Michel Giguère et Magali Paquin, 1792 à main levée, Les publications du Québec.


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